La paix de l’âme

De quelle nature est notre cœur et comment il doit être gouverné

paixSachez-le, Dieu vous a donné un cœur très noble, créé pour l’aimer uniquement et pour se fondre en lui. Avec cet amour vous obtiendrez de votre cœur tout ce que vous voudrez: la vertu vous sera aimable et les choses les plus pénibles vous deviendront faciles. Si, au contraire, vous ne comptez que sur vos forces, vous ne réaliserez jamais rien.

Avant tout, voyez donc à bien établir l’orientation de votre cœur, en sorte que dans votre vie l’extérieur procède de l’intérieur. Les pénitences et autres exercices d’ascèse sont louables si l’on y met la discrétion que requiert la condition de chacun; pourtant, s’ils ne sont commandés par cet esprit intérieur, loin de produire aucune vertu, ils n’engendreront que vanité, et vous vous fatiguerez en pure perte. La vie de l’homme sur la terre est une bataille, dit le saint homme Job. Vu cet état de guerre, il convient de veiller: il faut monter la garde autour de votre esprit pour le maintenir, en tous ses mouvements, dans le calme et la tranquillité. Que s’il surgit en votre âme quelque agitation désordonnée ou quelque émotion dans les sens, tenez-vous prêt à réprimer aussitôt ces mouvements et à apaiser votre cœur: ne le laissez pas se dévoyer ni se détourner vers quoi que ce soit. Agissez de la sorte chaque fois que vous vous sentirez troublé. En ces exercices d’ailleurs, procédez sans violence, avec suavité: car tout votre effort doit tendre à maintenir votre cœur dans la paix et à ne jamais permettre qu’aucun désordre vienne troubler sa sérénité.

Du soin que doit avoir l’âme de se pacifier

Que votre premier soin soit donc de placer cette sentinelle de paix sur vos sentiments; cette façon de faire vous mènera à de grandes choses, et cela sans aucune peine et avec beaucoup de douceur et de sûreté. Sans doute, avant d’acquérir une telle paix, vous aurez fort à faire, faute d’expérience, mais votre âme trouvera grande consolation en quelque adversité qu’il lui advienne; et de jour en jour, vous apprendrez à mieux garder votre esprit en repos. Si quelque jour vous vous trouvez angoissé au point qu’il vous semble impossible de conserver cette sérénité, recourez aussitôt à la prière et persévérez dans l’oraison, à l’exemple du Christ notre Rédempteur, qui par trois fois pria dans le Jardin pour vous laisser un exemple; que tout votre secours et votre réconfort soit dans l’oraison: ne la laissez pas avant de sentir votre volonté conformée à celle de Dieu, apaisée et pacifiée. Que si vous êtes occupé à quelque travail, manuel ou autre, ne vous obstinez pas à vouloir à toute force le terminer au plus tôt et à gagner sur le temps qu’il exige, mais acquittez-vous-en paisiblement et avec le plus grand calme: car votre principale intention doit être de garder toujours Dieu présent à votre mémoire, sans trouble, sans aucun souci sinon de le satisfaire lui seul. Si vous travaillez dans d’autres dispositions, vous verrez l’inquiétude et le désordre renaître dans votre âme. À force de tomber et de vous relever, vous apprendrez à être sur vos gardes: et vous constaterez que tout ce qu’il y a de mal en nous vient de notre amour-propre et de cette prétention de voir toutes choses tourner selon notre volonté, si bien que la contrariété nous dépite, nous trouble et nous attriste.

Comment se construit cette demeure pacifique

Veillez à ne jamais laisser votre cœur s’agiter, se tourmenter, s’irriter, ni s’engager dans une affaire qui l’encombre. Mais faites constamment effort pour vous garder paisible, car le Seigneur a dit: «Bienheureux les pacifiques». Si vous agissez de la sorte, il bâtira dans votre âme une cité de paix et il fera de vous sa maison de délices. Tout ce qu’il vous demande, c’est, chaque fois que votre âme est soulevée par quelque passion, de vous appliquer à l’apaiser, rétablissant le calme en tous vos actes, pensées et désirs. Mais de même qu’une ville ne se bâtit pas en un jour, n’imaginez pas atteindre en une fois à cette paix et cette tranquillité intérieure: car c’est là édifier une demeure pour le Seigneur et faire de vous son temple; or, c’est ce même Seigneur qui doit construire l’édifice: par vous-même vous travailleriez en vain. N’oubliez pas que le principal fondement de cet exercice est l’humilité.

Extrait du Traité de la paix de l’âme de Jean de Bonilla : Franciscain espagnol de l’Observance de Saint-François

Publicités

2 commentaires sur « La paix de l’âme »

  1. Combien de fois ne lutte t on pas…. Je me souviens avoir dit à quelqu’un qui est croyant et qui ne pratique pas » mon bien le plus précieux c’est mon âme et tout ce que je te demande
    c’est de me la laisser m’en occuper : si elle meurt, je ne suis plus rien »
    Je me souviens qu’à ce moment-là j’ai prié intensément en mon for intérieur en pensant à toutes celles dont la prière est une force.

    Nous vivons dans un monde qui est vraiment fait pour que le péché soit de plus en plus banalisé jusqu’à ne m’aime plus exister.
    Un jour j’ai entendu cette phrase très jolie qui aurait pu être dit par un enfant :
     » L’âme est comme un jardin il ne faut jamais cesser de l’entretenir »
    C’est après que j’ai appris qu’il s’agissait d’une locution…..
    Je tente encore aujourd’hui de dire à cette personne croyante à quel point cela vaut la peine de réprimer nos penchants humains… Je n’ai plus de mari depuis 5 ans et pourtant dans un certain sens je ne voudrais pas tomber dans ce qui est si courant aujourd’hui : l’Union libre.
    A qui veut l’entendre, Jésus a pourtant encore et encore dit à quel point Il souffre du moindre péché… Comme dans le Psaume je me dis parfois que les miens sont toujours devant moi malgré que j’ai eu le courage de parler de choses et d’autres que j’ai pu regretter depuis mon enfance jusqu’à maintenant.
    Croire en Dieu et non se poser la question pourquoi on ne l’a jamais vu., entraîné irrémédiablement le doute,la méfiance….. et pourtant cette personne devant laquelle j’ai prié a déjà vu la Vierge Marie depuis son enfance malheureuse…. Parce que c’est quelqu’un que la bonté habite, Et dont l’altruisme d’une chose coutumière malgré sa pauvreté.
    La plus grande des richesses c’est à nous de la faire fructifier mais ce n’est pas bien facile pour personne d’ailleurs et pourtant Dieu sait si j’en vois ,de vraies saintes…..

    J'aime

  2. Bonsoir Jean-Pierre, quel bel article , nôtre âme est bien sûr le bien le plus précieux pour la bonne raison qu’elle est immortelle ce qui n’est pas le cas de nôtre corps. Amitiés et bonne soirée MTH

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s