Dieu Justice

Sainte Thérèse récitant à l’office ces paroles du psalmiste : « Vous êtes juste, Seigneur, et vos jugements sont équitables », se demandait comment un Dieu si juste lui accordait à elle, si indigne, tant de faveurs et de consolations, qu’Il refusait à des âmes qui lui paraissaient bien plus fidèles et plus dignes qu’elle. Soudain elle entendit cette parole qui fut la première de toutes celles que le Seigneur lui adressa dans toute sa vie : « Sers-moi et ne t’occupe pas d’autre chose. »

Dieu respecte la liberté de ses créatures

Françoise de la Mère de Dieu écrivait, le 18 octobre 1642, au P. Gibieuf, qui fut, après le cardinal de la Bérulle, supérieur des Carmels de France : Je suis dans un grand désir que tout le monde se rende à Dieu et je lui dis quelquefois ; Vous savez, ô mon Dieu, que si je pouvais attirer à Vous toutes les âmes, je le ferais. Mais d’où vient que vous, qui pouvez toutes choses, vous permettez qu’il y en ait tant qui se perdent ? Il me dit une fois : « C’est que j’ai donné la liberté à l’homme et je lui en laisse la disposition, à moins que, volontairement, il ne me redonne cette liberté ; et alors je la prends et la fait se rendre à ce que je veux. » Et Il me fit entendre quel grand bien c’est pour une âme de n’avoir plus de liberté et d’être captive de Lui. Il me fit connaître qu’Il prenait une nouvelle puissance sur moi pour que je sois de plus en plus captive et dépendante de Lui et de cette captivité me donnerait plus de liberté, m’affranchissant de tout ce qui pourrait m’empêcher de l’aimer.  Les passions seules asservissent, parce qu’elles font faire à l’homme ce qu’il voudrait ne pas faire ; au contraire, là où est l’Esprit Saint, là est la liberté : ubi Spiritus, ibi libertas. En effet, ceux qui renoncent à leur liberté pour se laisser conduire en tout par le Saint-Esprit, ne font, sous sa divine influence, que ce qu’ils se réjouissent de faire.

Jugement d’un damné et d’un élu

Sainte Brigitte voyait au jugement divin deux démons d’un aspect très hideux. L’un dit au Juge : « Donnez-moi pour épouse cette âme qui m’est semblable. » Le Juge lui dit : « Quel droit y as-tu ? » Le démon répondit : … « De quelle espèce est cette âme, à qui est-elle semblable, aux anges ou aux démons ? » …Le Juge reprit : « Bien que je sache toutes choses, cependant pour l’amour de mon épouse ici présente, dis comment cette âme est semblable à toi. » Le démon dit : « Je ne veux rien voir qui vous appartienne ; elle aussi n’a pas voulu voir, quand elle le pouvait, ce qui concernait le salut de son âme, mais elle s’amusait aux choses temporelles. Comme moi elle n’a rien voulu entendre qui fût à votre honneur… Tout ce qu’elle a pu prendre, elle l’a retenu et l’eût gardé plus longtemps, si vous eussiez permis qu’elle vécut davantage… ses désirs insatiables étaient sans bornes, sa cupidité était telle que toute la terre ne pouvait l’assouvir ; telle est ma cupidité, car si je pouvais perdre toutes les âmes du ciel, de la terre et du purgatoire, je le ferais. Sa poitrine est aussi froide que la mienne, car elle ne vous aima jamais, ni ne prit goût à vos avertissements…Dès le commencement de ma création, ma volonté s’est tournée contre Vous, de même la volonté de cette âme fut toujours contraire à vos commandements… Donc puisque nous sommes semblables en tout, jugez-nous et unisseznous. » Alors un ange pris la parole : « Seigneur, depuis que cette âme fut unie à un corps je la suivis toujours. Maintenant je la laisse comme un sac vide de toutes sortes de biens. Elle réputait vos paroles à mensonge ; elle croyait que votre jugement était faux, elle réputa votre miséricorde pour néant. Il est vrai, elle fut fidèle dans le mariage, mais par affection à celle à qui elle était unie ; elle allait à la messe, mais pour ne pas être rejetée par les chrétiens, et aussi pour obtenir la santé et pour conserver les richesses et les honneurs du monde. Or, Seigneur, vous lui avez donné plus que ne méritaient ses services ; vous lui avez donné des enfants, la santé, la richesse, et vous lui avez épargné les infortunes quelle redoutait… Vous lui avez donné cent pour un ; tout ce qu’elle a fait a été récompensé. Je la quitte maintenant, vide de toutes sortes de biens. » Le démon parla à son tour : « Ô Juge, puisqu’elle a suivi mes volontés, jugez qu’elle me soit unie… » Le Juge dit : « Que l’âme dise ce qu’il lui semble de votre mariage avec elle.» Elle dit au Juge : « J’aime mieux être dans les peines de l’enfer que de venir dans les joies du ciel, afin que Vous, ô Dieu, vous n’ayez en moi aucune consolation. Vous m’êtes tant à haine que je ne me soucie point de mes peines, pourvu que vous n’ayez aucune joie de moi. » Et le démon reprit : « J’ai les mêmes sentiments ; j’aime mieux être éternellement tourmenté que de jouir de votre gloire, si vous devez avoir de là quelque contentement. » Alors le Juge s’étant tourné vers moi, Brigitte, qui voyait tout ceci, me dit : « Malheur à cette âme ! Elle est pire que le larron ; elle a eu son âme vénale ; elle a été insatiable des immondices de la chair ; elle a trompé son prochain ; c’est pourquoi tous crient vengeance contre elle ; les anges détournent leur face, les saints fuient sa compagnie.» Puis s’adressant au démon, le Juge lui dit : « Si vous vous humiliiez, je vous donnerais la gloire ; si cette âme eût demandé pardon avec résolution de s’amender au dernier moment de sa vie, jamais elle ne fût tombée entre tes mains ; mais parce qu’elle a persévéré jusqu’à la fin en ton obéissance, la justice veut qu’elle soit éternellement avec toi. Néanmoins les biens qu’elle a faits en sa vie, s’il y en a quelqu’un, restreindront ta malice et t’empêcheront de la tourmenter autant que tu veux. » » Comme le diable semblait se réjouir grandement, le Juge lui dit : « Pourquoi te réjouis-tu tant de la perte d’une âme ? Dis-le, de sorte que mon épouse, ici présente, l’entende. » Le démon dit : « quand cette âme brûle, je brûle plus ardemment ; plus je la tourmente, plus je suis tourmenté. Mais parce que Vous l’avez rachetée de votre sang, que vous l’avez tellement aimée que vous vous êtes donné à elle, lorsque par mes suggestions je puis vous l’arracher, je me réjouis. » Le Juge lui dit : « ta malice est grande. Mais regarde, je le permets. » Et voici qu’une étoile montait au plus haut des cieux, et le démon la voyant devint muet. C’était l’âme du Frère Algotte, prieur et docteur en théologie, qui ayant été trois ans aveugle et tourmenté de la pierre, finit ses jours heureusement. Notre-Seigneur dit au démon : « A qui est-elle semblable? » Le démon répondit : « elle est plus brillante que le soleil, comme je suis plus noir que la fumée ; elle est toute pleine de douceurs et jouit de l’amour divin et moi je suis plein de malice et d’amertume. » Notre-Seigneur lui dit : « Quelles pensées en as-tu dans ton cœur et qu’est-ce que tu voudrais donner pour qu’elle fût en ta puissance ? » Le démon répondit : « Je donnerais toutes les âmes qui sont descendues en enfer depuis Adam jusqu’à maintenant pour avoir celle-là50 et je voudrais endurer les peines les plus dures, comme si on me donnait tant de coups de poignards qu’il ne restât pas sur moi l’espace de la pointe d’une aiguille. » Notre-Seigneur reprit : « Ta fureur est grande contre moi et contre mes élus, et moi je suis si charitable que, s’il en était besoin, je mourrais encore, et j’endurerais pour chaque âme et pour chacun des esprits immondes le même supplice que j’ai enduré une fois sur la croix pour toutes les âmes. » Puis Il dit à cette âme qu’on voyait comme une étoile : « Viens, ma bien aimée, jouir des contentements indicibles que tu as tant désirés ; viens à la douceur qui ne finira jamais ; viens à ton Dieu et Seigneur que tu as tant de fois appelé de tes désirs. Je me donnerai à toi moi-même, moi en qui sont tous les biens et toutes les douceurs. » Alors Notre-Seigneur se tournant vers moi, Brigitte, qui voyais tout cela en esprit, me dit : «Ma fille, tout ceci a été fait en un instant, mais parce que tu ne peux entendre les choses spirituelles que par des similitudes, j’ai voulu te les montrer ainsi, afin que l’homme comprenne combien je suis rigoureux aux méchants et combien débonnaire aux bons. »

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