En cas de diagnostic ou de pronostic grave, quelle personne de votre entourage faut-il prévenir ?

Citation de Cyprian Norwid : « Nous ne marchons pas à la suite du Sauveur en portant sa croix, mais nous suivons le Christ qui porte la nôtre »

Me voici de retour après un mois d’absence pour raison de santé et suite à une opération qui m’a causé quelques douleurs et inquiétudes.

Mais la souffrance que j’ai connue est sans commune mesure avec celle que l’Abbé Pierre Amar nous partage dans son livre « Hors-service« . Livre que je recommande vivement ! écrit dans un langage vrai, facile à lire. Il est utile aux malades, ainsi qu’aux personnes proches et à celles qui accompagnent ceux qui souffrent. Un beau témoignage d’humilité de foi et d’espérance.

hors serviceLien vers le livre : Hors service: Hospitalisé d’urgence, ma rencontre brutale avec la souffrance et la fragilité

« Ça va passer… Ça passe toujours… » Et pourtant, ça ne passe pas ! Pour ce prêtre de 45 ans un peu suractif, tout va basculer. Une péritonite aiguë se déclare, qui révèle bientôt une tumeur envahissante. Hospitalisation en urgence, opérations en série et de longs mois de convalescence bouleversent son quotidien, mais aussi sa vie intérieure. Alité, ce prêtre connecté ne l’est plus qu’à sa perfusion, et à ses nombreux visiteurs… Au fil des pages et des semaines, la maladie donne lieu à un voyage inattendu au pays de l’abandon, de la fragilité et de la dépendance.
Avec pudeur et authenticité, mais aussi une dose d’humour, le père Amar nous livre un témoignage d’une grande profondeur où se mêlent l’expérience de la souffrance et l’éclairage de la foi.

Le père Pierre Amar, prêtre du diocèse de Versailles, est l’un des fondateurs du site « Padreblog » qui offre une parole de prêtres franche, directe et réactive sur l’actualité.

Introduction

« En cas de diagnostic ou de pronostic grave, quelle personne de votre entourage faut-il prévenir ? » La question a beau être posée sur un ton très neutre, elle me fait sursauter. Très professionnelle, la secrétaire médicale ne réagit pas.

La demande est certainement habituelle dans un service de chirurgie. Mais c’est la première fois de ma vie qu’on me la pose, car je n’ai jamais été hospitalisé. Allongé sur mon lit, je me redresse pour renseigner le document. Mauvaise idée : cela tire sur la longue cicatrice qui barre mon abdomen de haut en bas. Dans quelques jours, on va l’ouvrir une seconde fois. J’esquisse une légère grimace de douleur et jette un regard sur le pied à perfusions, témoin silencieux de la scène. Depuis quelque temps, les produits et les tuyaux s’y multi-plient. « Cette fois-ci, c’est du sérieux », me dis-je. Je donne un nom, celui du père Genouville, qui aura une place essen-tielle dans les mois qui viennent. Je l’appelle quelques minutes après pour lui raconter la scène et lui expliquer qu’il est l’heureux élu. « S’il m’arrivait quelque chose, c’est toi qu’on appellera. Ah oui, il y a une enveloppe à tel endroit, au cas où… » Curieuse conversation au cours de laquelle je dois formuler, et surtout pour moi-même, l’éventualité d’un aller simple.

Memento mori, dit l’antique sagesse chrétienne. Souviens toi que tu vas mourir.

La mort ? Je connais ! J’ai déjà vu des cadavres. J’ai fermé les yeux de personnes décédées. J’enterre parfois trois à quatre fois par semaine dans l’une de mes dix-huit églises. Je console et accompagne des familles depuis plus de seize années. La mort est une réalité à laquelle j’ai déjà réfléchi. Mais là, d’un coup, je réalise qu’on imagine l’éventualité de ma mort. Cela change tout. On me croira ou non, je n’ai pas peur. C’est bizarre, mais j’éprouve même un sentiment de paix. Célibataire, sans enfants, je ne laisserai personne dans le besoin. Mieux encore, je verrai Dieu, et ça, c’est quand même une belle nouvelle ! Et puis, surtout, c’est une lapalissade, je sais que je ne souffrirai plus. « Il n’y aura plus de pleurs ni de peine, car l’ancien monde s’en est allé », dit un beau cantique. J’ai prévu qu’on le chante à mon enter-rement ; c’est indiqué dans la fameuse enveloppe (spoiler !). Je n’ai pas peur de mourir, certes. Mais peur de souffrir, assurément. Je souffre de partout depuis trois semaines. Je ne pensais pas qu’on pouvait avoir aussi mal dans la vie.

Les lignes qui suivent ne sont pas le simple témoignage d’un malade qui revient de loin1. Après tout, les prêtres souffrent comme tout le monde et il existe déjà de nombreux récits, très émouvants, qui témoignent d’épreuves encore bien plus rudes. Mais si vous n’avez jamais vraiment souffert dans votre corps, si les événements de la vie ne vous ont jamais commandé de vous arrêter brutalement et pour une longue période, si vous n’avez jamais connu cette crucifiante expérience où la tête veut faire plein de choses mais le corps lui répond par la négative, cet ouvrage pourrait vous intéresser. Ce n’est pas seulement une catharsis pour celui qui témoigne. C’est un appel et une vigilance. La vie est belle. Parfois, on ne s’en aperçoit que lorsqu’il faut faire pause. Comme le dit Jean d’Ormesson dans son dernier ouvrage posthume, « l’histoire est imprévisible […], personne n’est sûr de rien ». Car on ne maîtrise pas tout et la maladie ne passe pas que chez les autres. On se pose alors des questions nouvelles, qui portent sur l’essence de la vie.

1. Dans ce livre, l’aspect médical n’est donc que suggéré. D’abord pour rester discret sur un dossier médical. Mais aussi par volonté, afin de ne pas trop particulariser un propos sur l’expérience de l’épreuve et de la souffrance qui a vocation à rester général.

5 commentaires sur « En cas de diagnostic ou de pronostic grave, quelle personne de votre entourage faut-il prévenir ? »

  1. Bonjour Jean-Pierre, j’espère que maintenant tu vas mieux et que tu marches à grands pas vers la guérison. j’ai lu ce livre avec beaucoup d’intérêt. je te souhaite un bon rétablissement bon après-midi amicalement MTH

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