L’Eglise en pleine tempête

religionSurtout, le climat ambiant – et particulièrement le climat ecclésial et médiatique ambiant – nous éprouve, comme beaucoup d’entre vous. Cette litanie de drames et de crimes pédophiles nous donne véritablement la nausée, même s’il faut souligner qu’on ouvre là des archives parfois vieilles de 60 ans… et que les mesures prises depuis semblent porter du fruit. Il n’empêche. Pendant des années, dans l’Église comme ailleurs (mais donc aussi dans l’Église), on n’a pas su, pas pu, pas voulu entendre ou comprendre la souffrance des enfants victimes, tout occupés que nous étions à protéger l’Institution.

Les « affaires » vaticanes, les accusations graves étalées sur la place publique, les affrontements entre prélats et cardinaux, nous font aussi mal. L’évangile qui nous rapporte les disputes entre apôtres nous prouve que tout cela n’est pas nouveau. L’histoire de l’Église nous l’enseigne aussi, parfois dramatiquement. Depuis 2000 ans, à chaque époque, l’Église a été composée de saints et de minables, de héros et de lâches. Sans doute chaque catholique peut être tour à tour l’un et l’autre ! L’Église est surtout composée de chacun de nous, et nous sommes les premiers à lui être reconnaissants de nous accepter tels que nous sommes, y compris avec nos péchés. Les débats dans l’Église n’ont jamais manqué, parfois résolus dans le sang. Les désaccords non plus, les Actes des Apôtres en témoignent. Tout en sachant cela, il n’est quand même jamais facile de voir sa famille afficher ses disputes ou être prise dans la tempête.

L’ère du soupçon

Au milieu de tout cela, nous ne sommes pas dupes devant le jeu de certains. Comment ne pas être amers en les observant, eux qui ne sont pas vraiment connus pour être des grands amis de l’Église, alors qu’ils profitent de ces tragédies pour essayer de lui porter un coup fatal ou pour se refaire une notoriété à coup de commission d’enquête parlementaire, de pétitions et de tribunes ? La vérité rend libre, et tout ce qui pourra aider à la faire est précieux, si et seulement si l’intention reste droite : il s’agit bien d’aider l’Église à être pleinement fidèle à sa mission, et non de la faire taire pour toujours.

Nous lisons aussi l’empressement d’autres « amis » qui, sous prétexte de lutter contre un cléricalisme dont personne ne s’accorde vraiment sur la définition ou la réalité, rêvent à nouveau du « grand soir », remettant sur la table des débats empreints d’une idéologie qu’on pensait pourtant enfin dépassée.

Et ne parlons même pas de tous ceux qui refusent désormais à tout prêtre le droit de s’exprimer sur un seul débat de société, nous renvoyant à la figure les fautes de nos frères. Le « pas d’amalgame » qu’ils brandissaient si souvent n’existe plus, la présomption d’innocence encore moins. L’Église serait « disqualifiée ». Tant pis si l’immense majorité des fidèles et des clercs n’ont rien à se reprocher. La nuance est devenue rare en ce monde, elle s’accorde mal avec le rythme médiatique, encore moins avec la violence des réseaux sociaux.

Ce climat, ce silence passé, cette confusion entretenue nourrissent le soupçon, ce poison qui vient miner la confiance et assombrir notre joie d’être prêtres. Tout geste d’affection paternelle devient un risque, toute proximité fraternelle inquiète. Le Christ qui console, relève, encourage et bénit se retrouverait aujourd’hui cantonné derrière une vitre, si on en croit les recommandations de certains « experts ». Ce n’est pourtant qu’en approfondissant cette « paternité spirituelle » du prêtre qu’on l’aidera à vivre son célibat de façon la plus juste. La prudence est légitime et nécessaire, le bon sens aussi. La confiance sera longue à reconstruire. Sachez que la vôtre est infiniment précieuse pour les prêtres que nous sommes. Le doute et le soupçon nous fragilisent et minent toute relation. Votre confiance lucide nous encourage.

Une seule urgence : la sainteté

Plus que jamais, nous croyons surtout à la conversion. Dans la tourmente, il nous faut nous recentrer sur Jésus, sur l’Evangile, sur nos vocations respectives. On répond au mal par le bien. On répare le mal en faisant le bien. En aimant, vraiment. Que chacun tire de tout cela le désir plus ardent d’être un saint, c’est-à-dire d’être fidèle et généreux dans l’accomplissement de sa mission. Que chacun comprenne l’urgence qu’il y a à prier davantage, comme le Pape l’a demandé avec gravité pour ce mois d’octobre. Nous avons été impressionnés par cet appel : le Pape évoque explicitement les attaques du démon contre l’Église. C’est une évidence : tout ce qui abîme l’innocence d’un enfant, tout ce qui défigure la beauté du sacerdoce, tout ce qui fait tomber un prêtre ou fracasse une famille, tout ce qui blesse le témoignage qu’essayent de porter les chrétiens, tout ce qui fait naître le découragement, le doute ou le soupçon qui divise et sépare… tout cela est signé. Le diable ne se cache même plus. Ne nous y trompons pas. Raison de plus pour prier en conséquence, et resserrer les rangs.

Nous ne voulons pas non plus que les chrétiens se referment sur eux, sous les coups qui pleuvent et les mauvaises nouvelles qui tombent. Nous ne voulons pas qu’on perde la joie de croire et de servir. Nous souhaitons encourager chacun à revenir au cœur de notre mission de baptisés : vivre pleinement l’Évangile, vivre la beauté et la radicalité de son message et offrir au monde ce témoignage, humble, généreux et authentique. La fragilité dans laquelle nous plonge la situation nous rend libres. Nous ne risquons plus de rêver pour nous d’un pouvoir à la façon des hommes, ni d’une vie confortable. Nous voilà ramenés à la mission ! Au-delà de l’agitation et du désarroi légitime de beaucoup, au-delà de la colère de certains et de la violence d’autres, ce monde attend toujours qu’on lui annonce la Bonne Nouvelle de son Salut. Tant et tant autour de nous ont besoin de redécouvrir l’amour inconditionnel de Dieu pour eux ! Clercs et laïcs, il nous faut, avec nos blessures et nos lourdeurs, nos craintes et nos pauvretés, mais aussi notre joie et notre générosité, rester cette Église courageuse et pauvre qui annonce – parfois au prix de sa vie ou de sa réputation – la Vérité du Christ et son amour pour tous. Demain, nous serons heureux d’avoir tenu bon, d’avoir accompli la mission.

Plus que jamais nous constatons que notre vie à tous – la vôtre, la nôtre – est rude parfois, et même éprouvée. Mais elle est belle, dès lors qu’elle est donnée. Vos prêtres ne sont pas parfaits, ils sont faits de la même humanité que vous. Ils partagent les mêmes blessures et les mêmes difficultés. Mais sachez-le : au cœur de tout cela, notre joie est et sera toujours de vous servir…  « de notre mieux » !

Prions fort les uns pour les autres ! « Que notre joie demeure »…

Les Padre+

Retrouvez l’article complet  sur padreblog

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Un commentaire

  1. Merci, il est enfantin de croire que les humains, qui sont nos prêtres, sont exempts de péché. MAIS si nous, en tant que leurs «meilleurs», prions davantage pour eux – chaque jour! Parce que nous ne faisons pas, nous devons prendre une partie de la faute.
    Google translate – hope it make sense Jean-Pierre?

    Aimé par 1 personne

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