Arrêter l’alcool en suivant l’exemple de Matt Talbot

Matt TalbotMatt Talbot est né à Dublin en mai 1856, sixième enfant d’une famille qui en comptera douze. Jeune garçon, on le met à l’école des Frères de la Doctrine Chrétienne, où il ne réussit guère dans ses études. À l’âge de douze ans, il s’embauche dans une firme de mise en bouteilles de bière. Travaillant dans une atmosphère chargée d’alcool, il suit bientôt les mauvais exemples des autres employés et se met à vider les fonds de bouteilles. Le voyant rentrer tous les soirs anormalement gai, son père intervient et lui trouve un autre travail, sous sa propre surveillance, au comité du port et des docks. Mais la situation de Matt s’aggrave: il prend l’habitude de jurer et d’employer le langage brutal des dockers; pour comble, ses nouveaux compagnons de travail l’initient au whisky! Son père tente la persuasion, en vient au bâton, rien n’y fait. Au désespoir de ses parents, Matt se soustrait à l’autorité paternelle et sombre dans l’ivrognerie. Pourtant, le jeune homme a bon coeur. Comprenant le déshonneur qu’il inflige à son père, il quitte les docks et s’engage comme maçon. Il passe alors toutes ses soirées au cabaret et rentre régulièrement ivre; tout son salaire est dépensé en boisson. Il sombre à tel point dans le vice que parfois il recourt au vol pour se procurer de l’alcool.

Un samedi de 1884, la grâce divine vient frapper à sa porte.

Après avoir été au chômage pendant une semaine, Matt, âgé de 28 ans, se trouve sans argent et dans l’impossibilité de s’acheter de la boisson. Et pourtant, l’envie le tenaille. Vers midi, il va se poster avec son jeune frère, Philippe, à un coin de rue où passent les ouvriers après avoir touché leur paye: sûrement l’un ou l’autre va-t-il l’inviter à prendre un verre. Les ouvriers passent, le saluent, mais aucun ne l’invite. Matt est piqué au vif; être frustré d’alcool lui coûte beaucoup, mais il est surtout blessé par la dureté de ses compagnons à qui il a fréquemment offert une tournée au cabaret. Brusquement, il rentre à la maison. Sa mère est toute surprise de le voir arriver si tôt, et sans avoir bu. Sa mère! Matt est saisi de la pensée qu’il a été si ingrat envers elle. Il n’a presque rien donné à ses parents en guise de pension (tout son argent servait à acheter de la boisson!) et maintenant, il a le coeur déchiré de les avoir laissés peiner seuls, alors que lui allait boire de façon égoïste. À cette époque en Irlande, il n’est pas rare, pour un homme qui veut se défaire de la boisson, de faire un voeu. Après le repas, resté seul avec sa mère, Matt dit tout à coup: «Je m’en vais faire le voeu de tempérance. – Pour Dieu! Va le faire, mais ne le prononce pas si tu ne veux pas l’observer! – Je le prononcerai, au nom de Dieu». Après s’être habillé avec soin, il se rend au Collège Sainte-Croix, demande un prêtre et se confesse; sur le conseil prudent de celui-ci, Matt prononce son voeu pour une durée de trois mois. Le lendemain, il va entendre la Messe de cinq heures à l’église Saint-François-Xavier, y communie et en revient renouvelé. Mais pour rester fidèle à ce voeu, la lutte sera terrible; aussi, Matt décide-t-il de puiser dans la communion quotidienne la force spirituelle dont il a besoin pour tenir sa résolution. Le moment le plus difficile est le soir, après le travail. Pour éviter la tentation, le nouveau converti se met à faire des promenades en ville. Un jour toutefois, il entre dans un cabaret en même temps que de nombreux clients. Affairé, le barman semble ignorer Matt qui, offusqué de cette inattention, sort en toute hâte de la salle, bien décidé à ne plus jamais remettre les pieds dans un cabaret.

Lors de ses promenades, Matt rencontre une autre difficulté:

l’alcool a usé sa santé, et il se fatigue vite. Alors, entrant dans une église, à genoux devant le Tabernacle, il se met en prière, suppliant Dieu de le fortifier. Il prend ainsi l’habitude de fréquenter la maison de Dieu. Néanmoins, les trois mois sont longs; les conséquences du sevrage d’alcool: hallucinations, dépression, nausées, font de ce temps un véritable Calvaire. Par moment, la vieille passion se réveille: il lui faut lutter désespérément et prolonger ses prières. Un jour, rentrant à la maison, il s’affale sur une chaise et dit tristement à sa mère: «Tout cela est inutile, Maman, les trois mois terminés, je boirai encore…» Mais celle-ci le réconforte et l’encourage à prier. Suivant ce conseil à la lettre, Matt prend goût à la prière, et y trouve son salut. En effet, la prière fait sortir de situations humainement désespérées. Pour Dieu tout est possible (Mt 19, 26). Saint Alphonse de Liguori, docteur de l’Église, affirme: «La grâce de prier est donnée à tout le monde, en sorte que si quelqu’un vient à se perdre, il est sans excuse… Priez, priez, priez, et n’abandonnez jamais la prière: celui qui prie, se sauve certainement.» . Les trois mois achevés, étonné d’avoir «tenu le coup», Matt renouvelle son voeu pour six mois, au terme desquels il s’engagera pour toujours à ne plus boire d’alcool.

Matt a commencé une vie nouvelle, une vie d’intimité avec Dieu.

Le pilier en est la Messe quotidienne. Il nourrit une tendre dévotion envers la Mère de Jésus. Tous les jours, il récite le Rosaire et l’office de la Sainte Vierge.
S’il est un luxe que Matt se permet, ce sont les livres: il aime passer du temps à lire, ses lectures préférées étant la Sainte Écriture et les écrits des Saints. En feuilletant la Bible trouvée chez lui après sa mort, on constate qu’il avait une prédilection pour les Psaumes, particulièrement les psaumes de la pénitence dans lesquels le pécheur exprime à Dieu le regret de ses péchés, mais aussi sa confiance inébranlable en la miséricorde divine: Pitié pour moi, Dieu, en ta bonté, en ta grande tendresse efface mon péché, lave-moi tout entier de mon mal et de ma faute purifie-moi… Rends-moi la joie de ton salut… (Psaume 50 [51]

La période de 1911 à 1921 est profondément troublée en Irlande: conflits du travail marqués par le chômage et les grèves, lutte pour l’autonomie politique, première guerre mondiale, enfin guerre entre l’Irlande et l’Angleterre. Au milieu de ces troubles, Matt maintient son âme dans la paix. Néanmoins, la cause des ouvriers lui tient à coeur. Il condamne avec franchise l’insuffisance des salaires pour les ouvriers mariés, qu’il aide financièrement autant qu’il le peut. Mais il ne réclame jamais rien pour lui. Quand les camarades abandonnent le travail ou se voient congédiés, il se rend solidaire de leur cause.

À l’âge de soixante-sept ans, Matt Talbot est physiquement usé:

l’essoufflement et des palpitations du coeur le forcent à ralentir son activité. Après deux séjours à l’hôpital en 1923 et 1925, il se remet tant bien que mal et reprend son travail. Lors de ces séjours, dès qu’il le peut, il se rend à la chapelle. À une religieuse qui lui reproche la frayeur qu’il lui a causée en disparaissant de sa chambre, il répond en souriant: «J’ai remercié les religieuses et les médecins, n’était-il pas juste de remercier le Grand Guérisseur?» Le dimanche 7 juin 1925, il s’achemine vers l’église du Saint-Sauveur. Épuisé, il s’affaisse sur le trottoir. Une dame lui présente un verre d’eau. Matt ouvre les yeux, sourit et laisse retomber la tête: c’est la grande rencontre si désirée avec le Christ qui est venu appeler non pas les justes mais les pécheurs (Mt 9, 13).

En 1975, Matt Talbot a reçu le titre de «Vénérable». Aujourd’hui, de nombreuses œuvres destinées à secourir les victimes de l’alcool et de la drogue se placent sous son patronage.

Matt Talbot est un modèle pour tous les hommes. Aux victimes de l’alcoolisme ou de la drogue, il démontre par son exemple qu’avec la grâce de Dieu il est possible d’en sortir. «Les dépendances face à l’alcool sont parfois si fortes que les proches de la personne alcoolique sont portés à penser que jamais elle ne s’en sortira, et la personne alcoolique a elle-même la tentation de désespérer. Il est bon alors de se souvenir de la Résurrection de Jésus. Celle-ci nous rappelle que l’échec n’est jamais le dernier mot de Dieu»

Vénérable Matt Talbot, obtenez-nous la grâce de nous tourner avec confiance vers la miséricorde divine et d’aller jusqu’au bout des exigences d’un amour passionné pour Jésus et

Dom Antoine Marie : Abbaye Saint-Joseph de Clairval

En 1931, l’évêque de Dublin ouvre une première enquête sur sa vie, et dès 1947, la cause de sa béatification est ouverte. Le pape Paul VI le déclare vénérable le 3 octobre 1975 et son procès en béatification est toujours en cours. Il est particulièrement vénéré aujourd’hui à l’église Notre-Dame de Lourdes à Dublin — où il repose — et il a donné son nom à de très nombreuses œuvres de lutte contre les addictions, qu’il s’agisse d’alcoolisme, de toxicomanie ou d’autres formes de dépendance.

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