La souffrance du Cœur de Jésus

souffrancesL’Eglise n’a pas attendu l’année 1675 pour rappeler aux chrétiens l’amour fou dont le Christ les a aimés et pour les inciter à répondre à cet amour divin…

C’est simplement parce que l’erreur janséniste avait estompé ce point essentiel de notre foi, en soulignant presqu’exclusivement les exigences de la justice divine, que Jésus, à Paray-le-Monial, a dévoilé à une humble visitandine, sainte Marguerite-Marie Alacoque, les richesses de tendresse de son cœur.

Depuis lors le symbole de cette tendresse inouïe, c’est pour nous le cœur du Christ tel qu’il est apparu à cette sainte, surmonté d’une croix, entouré d’une couronne d’épines et dévoré par les flammes de son amour pour les hommes.

Mais aux premiers siècles, le symbole de l’amour, de la tendresse du Christ à notre égard, c’était le bon berger portant sur ses épaules la brebis égarée ou se précipitant vers le buisson dans lequel la brebis écervelée s’est empêtrée !… Et cherchant à l’en retirer…

le bon berger qui fonce à travers broussailles et buissons épineux pour en retirer la brebis égarée, va assurément se blesser lui-même à ces ronces, d’autant que l’écervelée, au lieu de se laisser prendre, confiante en ce geste de tendresse, va se débattre au risque de se blesser elle-même encore davantage. Entre parenthèses, n’en est-il pas ainsi bien souvent de nos âmes qui se débattent sous l’étreinte de la grâce au risque de se faire encore plus mal, en ayant peur de répondre à cet appel miséricordieux ?…

Aussi bien, ces épines, nous les retrouvons dans le symbole moderne du Sacré-Cœur sous la forme de la couronne qui le cerne…

Oui pour mieux comprendre cette tendresse du Christ à notre égard, je pense qu’il n’est rien de mieux que de considérer ce que nous avons fait souffrir au Cœur du Christ, ce que ce Cœur du Christ a souffert « à cause » de nous. Nous mesurerons mieux alors quelle miséricorde Il lui a fallu pour nous aimer quand même follement malgré tout ce que nous lui avons fait souffrir…

La souffrance du Cœur de Jésus ?…

C’est surtout dans son agonie qu’elle peut le mieux nous apparaître ! Il est bien vrai que c’est une des scènes de la Passion sur laquelle nous ne nous arrêtons guère, sans doute parce que là, la souffrance est purement intérieure, mais elle n’en est que plus profonde, plus vive… témoin, cette sueur de sang qui, au dire de saint Luc, ruisselle du visage du Christ jusqu’à terre !… Aussi bien Jésus, entrant dans le jardin, avait dit à ses Apôtres : « Je suis triste, triste à en mourir ! »…

Et sans doute, en cette heure-là, Jésus a revu clairement en esprit tout ce qu’il allait souffrir physiquement tout au cours de sa Passion, et sa nature humaine, bien plus sensible que la nôtre, en a été effrayée, jusqu’aux abois… Mais à vrai dire, cette claire vision de ces souffrances, le Christ l’a eue tout au long de sa vie. La preuve, c’est que bien longtemps à l’avance, à plusieurs reprises, Il en avait parlé en détail à ses Apôtres : « Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l’homme va être livré aux grand Prêtres et aux Scribes, ils le condamneront à mort, et le livreront aux païens, ils le bafoueront, lui cracheront dessus, le flagelleront et le mettront à mort, et trois jours après, Il ressuscitera. » (St Marc, ch.10,v.33-34 – cf. St Marc, ch.8,v.31 et ch.9,v.31 et passages parallèles dans St Matthieu et St Luc). Jésus disait même que cette pensée de tout ce qu’Il aurait à souffrir, lui procurait déjà une angoisse terrible : « Je dois être baptisé d’un baptême de sang et quelle est mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit accompli ! » (St Luc, ch.12, v.50) Nous appréhendons nous-mêmes à l’avance, n’est-il pas vrai, les souffrances d’une opération chirurgicale que nous devrons subir… Nous en souffrons même parfois plus à l’avance qu’au moment même… On peut dire qu’à ce point de vue, la Passion du Christ a duré 33 ans ! toute sa vie ! car Il savait clairement à l’avance ce qui l’attendait !…

Mais tout cela n’est rien ! Arrêtons-nous davantage aujourd’hui aux souffrances du Cœur, à ces épines que les hommes, que vous et moi avons enfoncées dans son cœur. A cette heure, c’est en effet toutes ces défaillances de l’amitié au cours de la Passion qui sont présentes à l’esprit du Seigneur Jésus.

Ce peuple qu’Il a comblé de ses bienfaits, de ses miracles, et qui va réclamer sa mort. Il l’entend déjà hurler : « Enlève-le, enlève-le ! à mort ! à mort !… Nous préférons Barrabas ! »

Judas, l’un de ses choisis, de ses amis, qui l’a déjà vendu pour 30 pièces et qui va, ironie cruelle, le désigner à ses ennemis par un baiser !

Pierre, Pierre dont Il a fait déjà son vicaire, son continuateur… et qui, malgré toutes ses protestations de fidélité, le renie par trois fois à l’heure où le coq chante, où Lui, Jésus, est prisonnier, exposé aux coups, aux moqueries de la valetaille !…

La fuite de ses Apôtres… et même là, tout près de Lui, les trois qu’Il avait choisis pour le soutenir, le consoler, et qui dorment pendant que Lui agonise, les trois qu’Il trouve endormis quand à trois reprises Il ira quémander auprès d’eux un peu de compassion, un peu de réconfort…

Mais tout cela n’est rien !

Par-delà ses Apôtres, par-delà Pierre, par-delà Judas, par-delà Caïphe, Pilate, Hérode, par-delà tout ce peuple qui le honnit, Jésus voit tous ces peuples qui, au cours des siècles, le rejetteront comme leur ennemi n° 1, Lui qui leur apportait la formule de leur épanouissement, de leur vrai bonheur !

Jésus voit tous ces Hérode qui, infatués de « leur science », affubleront le Christ de la robe des innocents du village, qui, du haut de leur sagesse, considéreront sa religion comme de l’enfantillage, qui traiteront son Eglise d’attardée, de « pas à la page » !… Derrière ce pauvre sire, ce roi paillard qui a fait décapiter Jean-Baptiste pour faire plaisir à sa maîtresse, Jésus voit tous les débauchés, tous ceux qui sacrifieront les vies, les corps et les cœurs à leurs passions dégradantes…

Jésus voit tous les Pilate, tous les partisans des compromis, tous ceux qui étoufferont les reproches de leur conscience pour ne pas perdre leur place, pour être bien vus en haut lieu…

Et voici, par-delà le Grand Prêtre Caïphe qui ne peut admettre que Jésus soit le Fils de Dieu, la procession bien trop longue, hélas ! de tous ceux, prêtres y compris, qui voudront au cours des siècles, et spécialement de nos jours, désacraliser la religion de Jésus-Christ, qui, tout en se prétendant disciples du Christ, contesteront sa divinité, tous ceux qui voudront réduire sa religion à ce que peut comprendre notre petite jugeote et son idéal à ce que peut accepter notre lâcheté, notre médiocrité !

Et voici encore combien de Pierre ! tant de chrétiens qui, après les professions de foi les plus enthousiastes, les promesses de fidélité les plus mirobolantes, renieront le Christ, apostasieront pratiquement leur foi …

Et tous les Judas, tous ceux qui, pour gagner de l’argent, sacrifieront jusqu’à leur foi, leur idéal chrétien de justice et de charité… et tant de prêtres qui apostasieront… et ce baiser hypocrite renouvelé autant de fois qu’il y aura, à travers le monde, des communions sacrilèges !

« Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance, je ne reçois de la plupart que des ingratitudes… Mais ce qui m’est encore le plus sensible est que ce sont des cœurs qui me sont consacrés qui agissent ainsi envers Moi. » Telle était la plainte que Jésus adressait à sainte Marguerite-Marie...

Mais tout cela n’est rien ! Voici pour le Cœur du Christ le paroxysme de la souffrance qui lui fera jeter du haut de la croix ce cri presque désespéré : « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné ?… » Cette souffrance indicible, elle ne peut se mesurer qu’à l’amour infini que Jésus a pour son Père, pour son Père qu’Il voit ainsi outragé, méprisé, offensé par tous ces péchés de la pauvre humanité, par tous « nos » péchés… Comme nous le disions le Vendredi Saint à la suite du Père Bonnard : « En mesurant tout ce mal, toute cette ingratitude, Jésus pleure de honte, il est malade de honte, il a honte à cause des hommes, ses frères, il a honte à cause de Dieu, son Père, parce que les hommes se moquent de son amour paternel. Si nous avons eu dans notre vie l’occasion d’approcher les parents d’un criminel, le père, la mère, les frères, les sœurs ou même les cousins de quelqu’un qui a tué, par exemple, nous nous rappelons certainement leur peine indicible : nous les avons vus pleurer de honte à cause du crime de leur enfant, de leur frère, de leur cousin. » Nous pouvons ajouter que si la victime était membre d’une famille amie, la honte est encore plus grande !… On n’ose plus songer à cette amitié … ce crime s’interpose !

Or, les liens qui unissent le Christ aux hommes et notamment à nous, ses disciples, sont bien plus forts que ceux du sang. Jésus s’est voulu solidaire de nous tous, bien plus solidaire que ne le sont les membres d’une même famille…

Aussi nos fautes le couvrent de honte, d’autant plus qu’Il sait, Lui, parfaitement, la Grandeur et la Bonté Infinie de Celui qu’elles offensent !

Il est couvert de honte, d’une honte telle qu’elle ne le fait pas seulement rougir : elle le fait suer le sang ! « Il saigne de honte en pensant à toutes les saletés du monde » écrit ce même auteur. Cette honte, cette confusion est si grande qu’elle met comme un nuage entre son Père et Lui, elle ne lui permet plus de ressentir cette tendresse infinie de son Père, elle sèvre sa sensibilité de ce sentiment de l’amour infini que le Père Lui porte… sentiment qui était tout le soutien de sa vie et qui, éclipsé pour ainsi dire par cette confusion, Lui donne l’impression que le Père s’est retiré, qu’Il L’a abandonné et qu’Il sombre dans le néant ! C’est presque la souffrance des damnés. « Mon Dieu ! mon Dieu ! pourquoi m’as-tu abandonné?… »

Ô mystère insondable ! Ô abîmes de souffrances ! C’est à ce point que nos fautes ont fait souffrir le Cœur de Jésus-Christ !

Ô Cœur de Notre Seigneur, couronné, couronné d’épines !

Le Christ n’a-t-il pas voulu nous faire comprendre par ce symbole que, du moins, Il comptait sur ces souffrances infligées à son Cœur pour assurer sa royauté sur les nôtres ?…

On se demande parfois pourquoi le Christ a-t-il du subir tant de souffrances, tant de tourments.

Disons-le bien haut : ce n’est pas pour « satisfaire » la justice de son Père, comme on le dit souvent. Jésus était l’innocence même, le propre Fils de Dieu, et du reste aux yeux de son Père, le moindre de ses actes avait une valeur infinie parce que gonflé d’un amour infini, expression d’un amour infini !

Si Jésus a tant souffert c’est à cause de nous ! Aussi bien pour nous sauver, ce n’était pas le Cœur de Dieu qu’il fallait toucher, c’était le nôtre… Et là, il fallait y aller fort, il est si dur, notre cœur ! Il fallait y aller d’autant plus fort qu’il ne suffisait pas de toucher notre cœur, il fallait le retourner, le convertir…

Aujourd’hui, cette courte méditation sur ces souffrances atroces du Cœur de Jésus nous aura-t-elle révélé à quel point Il voulait nous sauver ?… Nous aura-t-elle fait atteindre le but de ces souffrances en nous révélant à quel point nos fautes ont pu le torturer ?…

Cette prise de conscience des souffrances atroces que nos péchés ont causées au Cœur du Christ suscitera-t-elle en nos cœurs, à nous, assez de pitié, assez d’amour pour nous aider à éviter de retomber dans ces fautes ?…

Mieux que cela.

Lors de son agonie, Jésus avait pris près de Lui ses trois Apôtres, Pierre, Jacques et Jean, pour trouver auprès d’eux un peu de compassion, un peu de réconfort…

Lors des apparitions à sainte Marguerite-Marie, Jésus demandait que cette fête du Sacré-Cœur soit instituée, l’oraison tout à l’heure nous le rappelait en réparation…

Vous vous rappelez peut-être qu’un jour j’avais comparé Dieu à la vieille maman oubliée, abandonnée, méprisée par ses enfants ingrats, et je vous disais : « Que feriez-vous si l’un de vos frères ou l’une de vos sœurs traitait ainsi votre mère ? » Nous avions tous répondu : « Je l’aimerais pour deux !… »

Réparer pour nous, en aimant doublement le Seigneur, mais réparer aussi pour tous ceux qui, autour de nous, font saigner son Cœur, en l’aimant au centuple ! Voilà ce que Jésus attend de nous. Allons-nous, une fois encore, le décevoir cruellement comme les trois Apôtres endormis ?…

Père Jean de Féligonde

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2 commentaires sur « La souffrance du Cœur de Jésus »

  1. Merci pour ce très beau texte, si juste ! Pensons à cette Grâce immense, que la Justice du Père s’efface devant la Miséricorde du Fils, si nous savons nous laver en cette Miséricorde, car le Père et le Fils, pourtant deux Personnes distinctes, ne font qu’Un en vérité dans l’Union sublime de la Très Sainte Trinité ! Confions-nous en toute Paix à l’Esprit-Saint qui sans cesse nous inspire si nous le voulons bien !

    Aimé par 1 personne

  2. Je lis tardivement ce texte tellement vrai…. Combien faisons-nous souffrir le Christ en oubliant de Le remercier à chaque grâce qu’il daigne encore nous faire…. Ce qui me choque le plus peut-être actuellement à part l’idolâtrie de la haute technologie entre autres, c’est précisément la communion dans la main car c’est tout ce que le Christ déteste : comment ose t on se donner la communion à soi-même?
    Au début je le confesse, je faisais comme les autres et je communiais à la main…. Le jour où j’ai su que c’était un sacrilège ça a cessé immédiatement et ma fille et moi ne communions plus à la main…. Mais ce qui nous surprend c’est que des personnes qui ont connu comme moi étant petite,la communion respectueuse, 2 personnes bien plus âgées que nous, font comme tout le monde.
    Et cela on en parle rarement ou jamais !
    Ne fût-ce que que la présence du purificatoire en-dessous du calice et bien même le prêtre ne le fait plus.
    Pourquoi ? C’est démodé ?
    Pourquoi ne plus adorer Jésus dos aux fidèles?
    Je peux dire que le jour de la fête du Sacré-Cœur j’ai demandé une grâce : obtenue.
    Je ne vais pas continuer plus avant mais c’est simplement pour dire à quel point il est temps que le monde change et qu’avant la venue de Notre Seigneur,il
    trouve des prêtres fidèles et dans des tenues reconnaissables : ici, on ne distingue plus le prêtre du laïque !
    Que rien ni personne ne nous sépare de Dieu!

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