La croix est bel et bien dressée

Jésus de Nazarethet, au pied de cette croix, un homme se lave les mains… Pilate ?… Non ! regardez, regardez bien, observez certains traits de ce visage, peut-être reconnaîtrez-vous le vôtre !

Moi ?… Mais « je ne suis pas responsable de la Passion de Jésus-Christ ! D’abord je n’étais pas là et si j’avais été là, les choses ne se seraient pas passées de la sorte ! »

Je vous le disais bien, Pilate, le voilà. « Je ne suis pas responsable du sang de ce Juste !… » je ne suis pas responsable de la Passion de Jésus-Christ !

« Et si j’avais été là, les choses ne se seraient pas passées comme ça ! » Croyez-vous ?…

Eh bien ! Si vous aviez été là, qu’auriez-vous fait ? Comparez avec vos attitudes d’aujourd’hui : vous n’auriez sans doute pas été autre que ce que vous êtes…

Cherchons plutôt, mes frères, dans cette Passion de Jésus-Christ, quel personnage nous avons joué, quel personnage nous jouons, car cette Passion du Christ, elle transcende les siècles !

Judas ?…

L’un des Douze choisis par Jésus lui-même, Judas, l’un des Apôtres, l’un des premiers évêques ! Oui, il est assurément le prototype de tous les mauvais prêtres, de tous les mauvais évêques… de tous ceux qui font tout le contraire de ce qu’ils nous enseignent, de ce qu’enseigne l’Eglise. Il y en a eu au cours de l’histoire, il y en a encore aujourd’hui, comme il y a aujourd’hui encore des mauvais parents, des mauvais médecins. L’Eglise ne le cache pas, pas plus que les Evangélistes n’ont caché la trahison de Judas…

Judas, il a préféré l’argent à Jésus-Christ : « Combien me donnerez-vous et je vous le livrerai ! » Est-ce que l’appât de l’argent, l’appât de la réussite de vos affaires n’a jamais été plus fort que la voix de votre conscience, que la voix de la justice, que la voix de la charité, que la voix et l’amour du Christ ? Ne vous est-il jamais arrivé, mes frères, de mettre en balance l’amitié du Christ et telle ou telle satisfaction, tel ou tel avantage qui finalement a pesé plus lourd et a emporté notre choix et notre décision ?… « Combien me donnerez-vous, et je vous le livrerai ! »

Judas a trahi Jésus en l’embrassant. Judas ! mon ami ! c’est par un baiser que tu trahis le Fils de l’homme ? Celui qui s’approche de la Sainte Communion sans avoir rompu avec le péché grave, sans en avoir obtenu le pardon, n’embrasse-t-il pas lui aussi le Christ alors qu’il le trahit dans son cœur et dans sa vie ? Du moins puissions-nous, mes frères, ne jamais faire au Christ, à la suite de Judas, l’affront suprême, puissions-nous ne jamais donner à son cœur le coup le plus douloureux : celui de douter de sa miséricorde et de désespérer de son pardon !

Et Pierre, le brave Pierre ?…

Il y a quelques heures à peine, c’était des protestations ferventes et ardentes d’amour et de fidélité à Jésus-Christ : « Non, non, jamais je ne te renierai, Seigneur, jamais je ne t’abandonnerai, avec toi je suis prêt à aller en prison et même à la mort s’il le faut ! » Pierre ? il dort tandis que le Christ agonise, il dort, il ne prie même pas comme le Maître le lui a pourtant demandé ! Mes frères, en ce monde d’aujourd’hui où le Christ agonise, que faisons-nous ? Ne dormons-nous pas comme si nous en prenions notre parti ?… Nous ne prions même pas !

Pierre, lors de l’arrestation de Jésus alors qu’il était encore avec ses camarades, les Apôtres, s’était senti un certain courage ; il avait même tiré l’épée pour défendre le Maître. Mais Jésus n’a pas voulu qu’on le défende de cette façon : « Remets ton épée au fourreau, quiconque tirera l’épée périra par l’épée ! » Et puis, lorsqu’il s’est trouvé seul dans la cour du Grand Prêtre, seul disciple de Jésus au milieu de tous les autres, malgré tous les engagements qu’il avait pris, Pierre n’a pas ose se déclarer pour lui : « Non, non je vous le jure, je ne connais pas cet individu ! »

Au cours de l’histoire, combien de membres de l’Eglise ont voulu parfois défendre Jésus-Christ, propager même sa foi, par la violence, par l’épée ?… Ils ont ainsi trahi la consigne du Seigneur : « Remets ton épée au fourreau, celui qui tirera l’épée, périra par l’épée. » Nous-mêmes, mes frères, ne souhaiterions-nous pas parfois, comme un certain jour Jacques et Jean en Samarie, que le Seigneur fasse tomber ses tonnerres sur ceux qui ne veulent pas l’accueillir ? (St Luc, ch.4, v.54)

Que de fois, nous aussi peut-être, lorsque nous nous sommes retrouvés seuls, seuls dans cet atelier, seuls dans ce bureau, seuls dans cette classe de lycée, seuls à croire en Jésus, que de fois nous n’avons pas osé l’affirmer, heureux encore si, pour nous faire bien voir, nous n’avons pas renchéri sur les moqueries qu’on lui adressait ou que l’on assaillait à sa religion, tel ce valet qui pour faire du zèle gifla Jésus devant le Grand Prêtre…

Le Grand Prêtre, c’était Caïphe.

Caïphe ! Il a condamné Jésus parce qu’il s’en prenait à cette religion formaliste dont les juifs s’accommodaient si bien puisque, moyennant quelques observances, quelques rites scrupuleusement accomplis, on pouvait se croire quitte avec Dieu et mener la vie que l’on voulait ! Combien de Caïphe aujourd’hui qui condamneraient Jésus ? Combien de soi-disant chrétiens qui lui reprochent de vouloir envahir toute leur vie, la vie des affaires comme celle de leurs amours, et de ne pas se contenter des quelques instants de soi-disant prière ou de la réception de ses sacrements ?…

Caïphe ? Il a condamné Jésus surtout parce que très nettement devant lui il s’est déclaré Fils de Dieu. Caïphe donc, tous ceux qui pratiquement ne veulent pas reconnaître la divinité du Seigneur, ne serait-ce que par la façon désinvolte dont on le traite dans son Sacrement de l’Eucharistie ou parce qu’on lui conteste le droit de dire ou de faire des choses qui nous dépassent.

Hérode !

Lui, il tourne le Christ en dérision parce qu’il n’a pas voulu faire devant lui les miracles qu’il lui demandait. Quand Dieu semble ne pas nous écouter, quand le Christ ne nous accorde pas ce que nous lui demandons, ne l’envoyons-nous pas promener …? Combien de chrétiens qui seraient gênés que le Christ jette sur leur vie trouble un regard trop lucide, trop pénétrant ?… Comme Hérode, ce roi débauché qui vivait dans l’adultère, a été gêné par ce silence du Christ qui se contentait de le regarder en’ face… Alors, pour se venger, il le tourne en dérision :  » Passez lui donc la robe des innocents c’est un simple d’esprit, quelqu’un qui ne sait pas ce que c’est que la vie ! »

Dans notre milieu de travail, dans nos bureaux, dans nos ateliers, dans notre usine, même dans nos milieux de loisirs, n’avons-nous jamais agi de la sorte avec tel ou tel nouveau venu qui par sa clarté, sa netteté, sa pureté, était une condamnation vivante de ce qui se faisait, de ce qui se disait habituellement dans ces milieux ? N’avons- nous jamais agît de la sorte avec ce nouveau venu dont la seule présence était une gêne ? Avons-nous eu le courage de ne pas participer aux moqueries dont on l’a accablé, mieux, avons-nous eu le courage de nous compromettre et de prendre sa défense ?…

Et Pilate ?

Croyez-vous qu’il n’existe plus aujourd’hui ? Pilate qui ne veut pas assumer les responsabilités qui lui incombent Puisqu’il est Galiléen, envoyez-le donc à Hérode ! »

Pilate, le démagogue, qui pour ne pas mécontenter ceux qui l’entourent essaie le compromis entre sa conscience et la pression de la foule. « Il est innocent, donc je vais le faire flageller et je le relâcherai ! » Pilate qui, de capitulations en capitulations, en arrivera jusqu’au crime : tuer un innocent. Pilate qui, pour ne pas risquer de perdre sa place, condamnera à mort Jésus-Christ !

Ah ! les dérobades, les capitulations, les compromis, nous les voyons tous les jours autour de nous, mais ne les avons-nous pas commis nous-mêmes dans notre propre vie ? Oui, mes frères, dans la Passion continuée du Christ, bien souvent nous avons joué le rôle de Pilate. Reconnaissons-le du moins loyalement et n’ayons pas l’outrecuidance de nous laver les mains comme lui !

N’avez-vous pas été frappés, mes frères, par le contraste ? Au début de cette cérémonie, nous avons entendu la foule soulevée d’enthousiasme crier à pleine voix : « Hosanna au fils de David, hourra ! Vive le Christ, notre roi » et nous avons clamé la même chose avec elle.

Et… Il y a quelques dix minutes, nous avons entendu cette même foule crier à pleine voix à l’adresse du même personnage : « A mort ! à mort ! crucifie-le ! »

Mais… chut… écoutez, écoutez bien, tendez l’oreille : au milieu de ce bruit, de cette clameur, peut-être reconnaîtrez-vous votre propre voix ?… oui, aux jours de ferveur, d’enthousiasme, au jour de notre Profession de Foi, après une messe fervente, un beau sermon, une cérémonie émouvante : « Hourra ! Vivat pour le Christ ! »… et puis… et puis… la horde des passions s’est soulevée, quelque beau parleur s’est présenté qui a attaqué notre foi, notre idéal, notre Christ, et ce Christ nous est apparu pesant, gênant… Oui, débarrassons-nous de lui ! Ne le tuez pas, peut-être, mais enlevez-le, enlevons-le de notre vie ! « Tollé, tollé !… » et nous nous sommes bel et bien rendus complices de sa mort dans le monde d’aujourd’hui !…

Ô Christ ! En relisant ta Passion au cours de cette Semaine Sainte, fais-nous la grâce insigne de rencontrer ton regard, comme Pierre l’a rencontré dans la cour du Prétoire ! Ton regard de reproche, certes, mais aussi ton regard plein de tendresse et de miséricorde. Que ce regard nous bouleverse, comme il a bouleversé ton Apôtre, qu’il ne nous quitte jamais et soit à l’origine de notre résurrection !…

Père Jean

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