Se sentir en présence de Dieu

oraisonQu’est-ce donc que la méditation ?

Elle consiste d’abord à se mettre au calme, et puis à lire sous le regard de Dieu un passage de la sainte Ecriture, à le lire lentement comme une lettre que notre Père du ciel nous adresse à nous, personnellement. A y réfléchir ensuite pendant quelques minutes en essayant de retraduire mentalement, intérieurement, ce passage dans le langage d’aujourd’hui, en essayant de voir les incidences qu’il peut avoir dans la vie d’aujourd’hui, dans notre vie, dans celle aussi de tous les gens qui nous entourent.

Ou encore la méditation peut consister à reprendre tel ou tel mystère de notre foi, telle ou telle vérité de notre religion, et à se mettre, toujours sous le regard de Dieu, à y réfléchir afin de voir quel comportement cela doit commander chez nous.

Et puis, quand nous avons ainsi réfléchi quelques instants soit sur une page de l’Ecriture, soit sur un mystère, il faut prier, demander à Dieu que cette vérité, que cette page nous accroche, nous emballe. Cet emballement, il ne peut venir en effet que de Lui.

Ensuite on promet au Seigneur de faire effort pour réaliser dans notre vie quotidienne cet enseignement, en prévoyant avec Lui les occasions qui pourront se présenter de mettre cet enseignement à exécution et en Lui demandant d’être là à nos côtés pour nous aider par sa grâce.

Pour ceux qui n’en ont pas l’habitude et qui veulent « s’apprivoiser » à la méditation, il est utile de prendre des méditations déjà toute faites, empruntées à d’autres qui sont censés plus avancés, tout au moins plus expérimentés, dans les voies de Dieu.

Mais de toutes façons, le but de la méditation est de nous conduire à l’oraison et à la contemplation.

Qu’est-ce donc que l’oraison ?

C’est, comme son nom l’indique, LA prière, la prière par excellence.

Mais là, attention ! quand nous parlons de prière, nous pensons toujours qu’il s’agit d’une demande adressée à Dieu… Certes nous pouvons, nous devons même adresser des demandes à Dieu, bien que Jésus nous dise que « notre Père sait bien ce qu’il nous faut avant même que nous le Lui demandions » (St Matthieu, ch.6, v.8). Combien de gens n’auraient aucune relation explicite avec Dieu, ne penseraient jamais à Lui, s’ils n’avaient rien à Lui demander !… Mais cette prière de demande n’est pas la prière par excellence.

La prière par excellence, c’est « l’oraison« , c’est-à-dire le face à face muet et silencieux avec Dieu. Vous connaissez cet épisode de la vie du saint curé d’Ars : il s’étonnait de voir chaque soir un brave paysan entrer dans son église au retour des champs et rester là, de longs moments, devant le saint Sacrement : « Que faites-vous là ? » lui demanda-t-il un jour. Et le brave homme lui répondit dans son langage à lui : « Il (entendez Jésus-Christ) m’avise, et je l’avise… » Il me regarde et je le regarde. Voilà l’oraison véritable ! Se sentir en présence de Dieu, de l’Infini, ou bien être saisi par le sentiment de sa Grandeur, et de notre petitesse, être saisi, rester stupéfait par le sentiment de sa Bonté, de sa Tendresse ineffable et s’abîmer dans l’action de grâces… être confus de sa Miséricorde envers nous, etc. Et on reste là, devant Lui, sans rien dire, saisis par ce sentiment qui nous envahit totalement.

Nous pouvons être saisis par ce sentiment à l’improviste, tout d’un coup et spontanément…

Mais souvent ce sentiment d’adoration, ce besoin de se taire devant ce Dieu infini pour savourer sa présence, demande une certaine préparation, je dirais presque une certaine « incantation ». C’est ainsi que saint Benoît dans sa règle veut que l’oraison, cette présence à Dieu, vienne couronner l’office. Pour lui, la récitation ou le chant des psaumes n’est pas « la prière », ils n’en sont que la préparation… On chante les louanges de Dieu, les beautés et les grandeurs du Seigneur et ses condescendances inouïes à notre égard, puis il on coupe les gaz « et on reste quelques instants prosternés silencieusement devant Lui… » Pour lui, un office qui n’aboutirait pas à cette « Oraison » serait un office raté. Et en fin psychologue, et en réaliste qu’il est, notre Père Saint Benoît qui sait que, vu notre fragilité, notre superficialité, ce summum de la prière et du recueillement ne peut, pour beaucoup, durer bien longtemps, demande qu’en communauté ce temps d’oraison soit « très court ». Très court, je pense, pour être bon, capiteux pour tous, laissant la liberté de le prolonger à ceux qui s’y sentiraient poussés par l’Esprit Saint (Règle de St Benoît, ch.20).

De l’oraison dans laquelle on se laisse envahir par le sentiment de la présence de Dieu ou par celui de sa Grandeur ou de sa Bonté… on peut rapprocher, je pense, ce que j’appellerais volontiers la prière du « ouf »…. Quand on est mort de fatigue, vanné, ou dégoûté, écœuré, on va s’asseoir quelques instants auprès du Seigneur, soit devant le tabernacle, soit devant son crucifix, en disant simplement « ouf ! Seigneur, je n’en puis plus ! » et on reste là, en silence, quelques instants. C’est fou ce que ça peut faire du bien, ce que ça peut revigorer ! Essayez et vous verrez…

Enfin on peut encore rapprocher de l’oraison la prière que j’appelle « prière de rouspétance » ! J’ai eu déjà l’occasion de vous en parler. Quand on est révolté, quand on ne comprend pas pourquoi Dieu peut permettre telle ou telle chose, quand on trouve que ce n’est pas juste etc… au lieu de refouler tout cela dans son subconscient – ce qui ne peut que nous aigrir – aller faire une scène à Dieu, comme un enfant fait une scène à ses parents quand il ne comprend pas que leur façon d’agir, qui lui est si pénible, est pour son bien. C’est encore là, du reste, une manière de leur montrer qu’il a confiance en eux, qu’il leur dit tout ce qu’il pense. Déverser ainsi tout ce que l’on a sur le cœur devant Dieu, lui disant, lui répétant qu’on ne comprend vraiment pas pourquoi il agit ainsi envers nous ou envers telle autre personne qui nous a confié ses épreuves… Le saint homme Job, dans la Bible, agissait ainsi. Puis quand on a ainsi déversé toute l’amertume de son cœur, se taire quelques instants devant le Seigneur (et c’est là que cette « prière » rejoint l’Oraison)… Alors, le calme revient, la tendresse de Dieu nous envahit, comme la maman calme, en le prenant dans ses bras, son enfant révolté. On repart apaisé. « J’avais ouï dire que tu existais, mais maintenant je t’ai perçu, j’ai senti ta présence ! » (Job, ch.42,v.5), dit Job à la fin de sa longue, très longue plainte…

Je ne voudrais pas avoir l’air d’y revenir sans cesse, mais je ne puis m’empêcher de signaler encore comme moyen d’approfondissement, le fait d’accepter de faire régulièrement le point sur nos efforts, de faire le bilan de nos succès et de nos échecs au point de vue spirituel, par une bonne confession.

Pas de danger que celui qui se soumet à cette discipline de vie se laisse vivre au gré de ses impressions, de ses caprices ou des pressions exercées sur lui par l’extérieur.

C’est ainsi que nous redeviendrons des « hommes », que nous redeviendrons commandant à notre bord et que nous ne nous laisserons pas roulés ou emportés par les flots.

C’est ainsi que nous redeviendrons des chrétiens authentiques parce que l’idéal et l’amour du Christ nous auront pénétrés jusqu’à la moelle.

Entraînons-nous donc, durant ces dernières semaines du Carême, à la méditation et à l’oraison, et préparons avec soin notre confession pascale.

Père Jean

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