Le mystère de la croix rédemptrice

JésusSi les saints d’hier et d’aujourd’hui restent sereins au milieu des épreuves de toutes sortes qui s’abattent sur eux, c’est qu’un mystère tout aussi étonnant que celui de la Providence donne sens à leurs souffrances : celui de la valeur rédemptrice qu’ils peuvent donner à toutes les croix de leur vie.

Le caractère sacrificiel de la mort du Christ

La mort du Christ sur la croix n’a pas été seulement une manifestation de l’Amour de Dieu pour les hommes dont nous ferions mémoire dans nos Eucharisties. Elle a été un sacrifice que le Fils bien-aimé a offert à son Père pour réparer nos péchés et que le Christ continue à offrir à son Père dans le ciel et sur les autels de nos Eucharisties. Dieu, nous semble-t-il, aurait pu nous pardonner nos péchés comme le père de l’enfant prodigue pardonne sa fugue à son fils : rien qu’en l’embrassant ! Or, Il a voulu que les hommes puissent Lui offrir un sacrifice en réparation de toutes leurs ingratitudes, de toutes leurs turpitudes. Il nous a donné son Fils pour que Celui-ci puisse le faire en notre nom !
Tous les livres du Nouveau Testament, proclament à l’envi le caractère sacrificiel de la mort du Christ. A commencer par le récit de la Dernière Cène : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour la multitude, en rémission des péchés » (Mt 26, 28). « Le Christ s’est livré pour nous, affirme l’Apôtre, offrande et sacrifice à Dieu, en parfum d’agréable odeur » (Ep 5, 2).
Quant à la lettre aux Hébreux, elle présente tous les sacrifices de l’Ancien Testament comme l’annonce du Sacrifice parfait que le Christ devait offrir à son Père lorsqu’il entrerait une fois pour toutes dans le sanctuaire du ciel, « non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, après nous avoir acquis une rédemption éternelle » (Hb 9, 12). Dieu a de la suite dans les idées. S’Il a demandé au peuple d’Israël de célébrer des sacrifices sanglants pendant des siècles dans le temple de Jérusalem, c’est qu’Il savait que ces sacrifices devaient préfigurer le Sacrifice unique que son Fils Lui offrirait, lorsqu’Il serait crucifié aux portes de Jérusalem, sous Ponce-Pilate.
L’apôtre bien-aimé, qui insiste tant sur l’amour absolument gratuit du Père pour ses enfants, n’hésite pas à présenter le Christ comme « l’avocat » qui ne cesse d’intercéder pour nous auprès du Père, comme « la victime de propitiation qui s’est offerte pour nos péchés et pour ceux du monde entier » (1 Jn 2,2). Dès le début de son Evangile, nous entendons Jean-Baptiste nous présenter Jésus comme « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (1,29). Dans l’Apocalypse, il nous fait assister à la liturgie céleste en laquelle tous les saints se prosternent devant l’Agneau de Dieu pour Lui chanter leur hymne d’action de grâces : « Tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation » (5, 9).

Dieu nous appelle à sauver le monde avec son Fils

Jésus est le seul Médiateur entre Dieu et les hommes (1 Tm 2, 5): son sacrifice est le seul capable de réconcilier les hommes avec son Père. Mais le Père a voulu que nous puissions nous associer à cette œuvre grandiose de la rédemption des hommes. Mystère étonnant qu’exprime saint Paul lorsqu’il écrit aux Colossiens : « En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son corps, qui est l’Eglise. » (2, 24)
A la suite de l’Apôtre, les chrétiens ont toujours été convaincus qu’en continuant à croire à l’Amour de Dieu au milieu de leurs épreuves, ils sauvaient le monde avec le Christ et en Lui. Ce qui plaît à Dieu, ce ne sont pas – c’est évident – nos souffrances en elles-mêmes, mais la confiance avec laquelle nous les vivons, cette espèce de sourire intérieur que nous conservons dans le fond de notre cœur, alors même que nous sommes terriblement éprouvés. Malgré les épines qui blessent notre corps ou notre sensibilité, nous offrons alors au Seigneur les roses de notre confiance et de notre amour.
C’est en ce sens que Thérèse de Lisieux pouvait écrire qu’elle s’engageait à chanter en jetant les fleurs de son amour et de ses sacrifices devant le trône de l’Agneau, même si elle devait cueillir ces fleurs au milieu des épines. Et elle osait dire que son chant serait d’autant plus mélodieux que les épines seraient « longues et piquantes ! » – « Chacun a sa croix, disait en son langage abrupt le curé d’Ars. Si on connaissait tous les mérites et qu’on pût les prendre, on se les volerait les uns aux autres. » – « Si nous pouvions aller passer huit jours dans le Ciel, disait-il encore, nous comprendrions le prix de ce moment de souffrance. Nous ne trouverions pas de croix assez lourdes, pas d’épreuves assez amères. »

Dieu nous aime d’un amour nuptial

La Bible ne parle jamais de Dieu comme d’un tyran qui exigerait que du sang soit versé en réparation des offenses qui lui sont faites. Il n’est pas un Jupiter assoiffé de sang. Dès qu’Il se révèle à Abraham, Dieu lui fait comprendre une fois pour toutes qu’il ne doit pas imiter les  coutumes du peuple cananéen qui croyait bien faire en sacrifiant des petits enfants à leurs baals.
Mais alors, comment comprendre l’insistance de tous les auteurs du Nouveau Testament à présenter la Mort et la Passion du Christ comme un sacrifice offert à Dieu par son Fils bien aimé ?
Pour éclairer ce mystère, il faut nous rappeler ce que la Bible nous dit sur la profondeur de l’amour de Dieu pour nous : c’est un amour nuptial, un amour qui attend la réciprocité de notre amour. Tout en nous aimant d’un amour absolument gratuit, le Père nous donne la possibilité de L’aimer en retour. Sans en avoir absolument besoin, Il réclame notre pauvre amour de pauvres pécheurs, Il le mendie !
Si Dieu nous aimait d’un amour paternaliste, Il n’attendrait rien de nous. Il ne serait nullement « touché » par nos gestes d’amour ou nos ingratitudes. Tel n’est pas le cas. Ce que nous faisons L’intéresse au plus haut point. Nous pouvons à chaque instant Lui déplaire ou Lui faire vraiment plaisir ! Autrement dit, nous ne sommes pas de perpétuels assistés, incapables de Lui offrir la moindre chose. Il accepte qu’en notre nom le Christ Lui offre un acte d’obéissance qui répare infiniment toutes nos désobéissances, tous nos entêtements. Car, répétons-le, ce n’est pas la souffrance en elle-même de son Fils qui plaît au Père, mais l’obéissance paisible avec laquelle Il accepte sa Volonté.
Les folies que les saints ont accomplies dans leur vie ne peuvent s’expliquer que par leur espérance de réjouir le cœur de Dieu et de sauver beaucoup d’âmes. Tantôt ils se présentent à Dieu « les mains vides », sachant que c’est Dieu seul qui les sauve et les purifie ; tantôt ils s’avancent « les mains pleines », chargées des fleurs de leur amour et de leurs sacrifices, afin de mériter le salut des pécheurs.

Dieu agrée le sacrifice des martyrs

On comprend alors la joie avec laquelle les martyrs ont préféré donner leur vie plutôt que de renier leur Sauveur. En choisissant d’être crucifiés le 5 février 1597 plutôt que de renier leur foi, les martyrs de Nagasaki n’ont pas seulement manifesté qu’ils croyaient de tout leur cœur à la présence du Christ dans leur vie et à son amour ; ils sont morts dans l’assurance que leur sacrifice porterait du fruit un jour ou l’autre.

Tertullien exprimait dès le deuxième siècle l’espérance qui habitera toujours le cœur des martyrs : « Sanguis martyrum, semen christianorum – Le sang des martyrs est une semence de chrétiens »

Enseignement du Père Descouvemont

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