Sœur Marinette

monastère Un peu  d’humour : Sainte peur (Parabole d’un curé de campagne) Pierre Trevet

Marinette est une fille de la campagne. Elle aime les travaux de la ferme. Elle ne craint pas de se lever à cinq heure du matin pour traire les vaches, nettoyer l’étable et leur donner à manger.

A vingt-deux ans, elle se découvre une vocation de religieuse contemplative, et, un jour de septembre, la voilà dans une abbaye cistercienne pour commencer sa vie trappistine. Tout naturellement, elle est affectée à la ferme. Elle veut être sœur converse et non pas sœur  de chœur parce que , si elle est très pieuse, elle préfère tout de même réciter le chapelet tout en faisant les foins plutôt que de chanter tous les offices à l’église abbatiale.

Assez vite, arrive un gros problème.

Elle n’a aucune difficulté pour se lever à trois heurs et demie du matin et retrousser les manches pour les travaux de la ferme. Mais elle souffre de la faim. A la ferme de ses parents, elle prenait un café en se levant ; après la traite, un bon petit-déjeuner, avec soupe, lard, saucisson, fromage.. Vers dix heures, parfois un petit en-cas. A midi la bonne cuisine de sa maman. A seize heures, un bon goûter. Et le soir, un bon dîner.

Or les trappistines sont végétariennes. Il faut tenir jusqu’à midi avec un peu de café, des tartines de beurre et de miel. Et le soir c’est assez frugal aussi. Du coup, sœur Marinette, après l’office de complies à vingt heures trente, prend l’habitude d’aller en secret au cellier pour manger un peu plus. Assez vite la soeur économe se rend compte qu’il disparaît de la nourriture, du pain, du fromage, de la pâte de coing, des fruits…

Et elle confie son soucis à Mère abbesse.

Mère abbesse le remercie et lui dit qu’elle va s’occuper du problème. Un soir, elle prétexte un coup de téléphone important à donner pendant l’office des complies pour aller se cacher au cellier derrière les boîtes de conserve.

Vingt minutes plus tard, les cloches annoncent le chant du Salve Regina.  L’office s’achève. Effectivement Mère abbesse ne tarde pas à entendre des pas légers, furtifs (mais dans un monastère cela résonne…) s’approcher du cellier.

Elle se dit : « je la tiens… » La porte s’ouvre, La petite lampe s’allume. Et elle voit sœur Marinette couper une large tranche de pain…

Pour lui faire peur, elle commence par se racler la gorge. Sœur Marinette sursaute, laisse tomber le couteau et reste comme figée, paralysée.

Pour l’impressionner encore plus, Mère abbesse prend sa voie la plus grave et se met à dire :  » c’est le diable… » 

Et à ce moment -là, elle entend sœur Marinette dire dans un grand soupir de soulagement :  » ouf ! J’ai cru que c’était Mère abbesse ! « 

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