Soyons fiers de la croix du Christ… !

Croix du ChristJuillet 1941… Nous sommes au camp d’Auschwitz. Ce jour-là, un prisonnier s’est évadé. L’officier allemand a déclaré à ses camarades assemblés dans la cour : « Si ce soir l’évadé n’est pas retrouvé, dix d’entre vous mourront à sa place dans les bunkers de la faim. »

Le lendemain matin, la fugitif n’est pas revenu. Le soir vient et le prisonnier n’a pas été repris. L’officier s’est avancé : « Dix hommes sont condamnés à mourir de faim. » Lentement l’officier fait son choix ; sur son carnet, il note le numéro de matricule de ceux qu’il désigne… 16.674 ! c’est le dernier. L’homme s’effondre en sanglotant : « Oh ! ma femme et mes enfants que je ne reverrai jamais ! » Bouleversé, le Père Maximilien Kolbe se fraie un passage à travers ses camarades. Il s’avance vers l’officier qui recule et dégaine son revolver : « Que me veut ce cochon de polonais ? » – « Je veux mourir à la place de l’un de ces condamnés ! »… L’officier n’a jamais entendu rien de semblable. « Et pourquoi ? » – « Je suis vieux et bon à rien… ma vie ne servira plus à grand chose. » Un lourd silence est tombé sur ces hommes rassemblés. « Et pour qui veut tu mourir ? » – « Pour celui-ci qui a une femme et des enfants. » L’officier allemand ne peut comprendre : « Qui es tu ? » – « Prêtre Catholique ! »… Prêtre, comme le Christ, le Père Kolbe veut donner sa vie pour son frère… « Eh bien ! vas-y ! » Le numéro 16.674 a repris son rang ; le Père Kolbe s’est joint aux condamnés… Il soutiendra jusqu’à la mort ses camarades au milieu de leurs souffrances et, de ces bunkers qui ne retentissaient que de cris de désespoir, on entend monter des prières et des cantiques… Le Père Kolbe mourra le dernier, la veille de l’Assomption…

Ce récit nous émeut. Si dur que soit notre cœur, nous sommes sensibles aux actes d’héroïsme et de dévouement. Dieu le sait bien, et voilà pourquoi ce Dieu oublié, méprisé par l’homme, au lieu de le punir et de le briser comme Il l’aurait pu faire, a résolu de le vaincre à force de tendresse. Nous venons de l’entendre proclamer par Saint Jean : Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils unique ! pour qu’il s’offre en sacrifice pour nos péchés, Il nous l’a donné jusqu’à la croix. La croix, elle, nous dit « la chose la plus extraordinaire, la plus étrange, la plus incroyable et cependant la plus certaine et aussi la plus touchante : un Dieu aimant l’homme jusqu’à la passion, jusqu’à la folie… Oui, celui qui est là, sur le gibet, les pieds et les mains percée, le cœur ouvert, c’est Dieu. Et que fait-il là ? Il souffre, il meurt par amour. Ce n’est pas assez dire : Il meurt d’amour ! »

« Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime. » Ne voulant pas brimer notre liberté en triomphant par la force, Jésus a voulu par ce témoignage suprême de l’amour gagner notre cœur. « Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi. » (St Jean, ch.12, v.32).

S’il est sûr que la sublimité de son enseignement a séduit bien des intelligences, c’est surtout par son sacrifice, par sa croix que Jésus à retourné les cœurs.

La croix ! voilà son instrument de victoire.

Par elle, il a conquis nos cœurs et de ce fait, il a remporté une victoire sur le mal et sur le péché, et sur la mort, car, gagnés par ce témoignage extraordinaire d’amour, ces cœurs ont voulu lutter de toute leur énergie contre le péché qui avait été cause, de ses souffrances, lutter à sa suite de toute leur énergie, de toute la force de cet amour contre le mal, contre la désobéissance à Dieu, et aussi contre la souffrance.

La croix ! C’est son instrument de victoire, elle est le signe qu’il a surmonté tous les obstacles dont nous parlions il y a quelques jours et qui s’opposaient à sa mission. Il a triomphé de l’opposition de ses parents, de l’opposition de ses disciples, de l’opposition du démon. Il a triomphé de la révolte de sa nature humaine si sensible. Son amour pour son Père et pour nous a été plus fort que tous ces obstacles et l’en a fait triompher. C’est là sa victoire, c’est là sa gloire !

Mais aussi grâce à ce sacrifice suprême, grâce à cette croix, son amour a triomphe dans nos cœurs. Combien ont été convertis, bouleversés, retournée en contemplant un crucifix… !

Transportez-vous aux premiers siècles chrétiens, transportez-vous à Rome, au Colisée. Voyez tous ces martyrs à 1’énergie indomptable, à l’amour surhumain.. Regardez ces croix qui s’élèvent, regardez ces potences où des corps humains enduits de poix brûlent pour éclairer la lutte de leurs camarades, de leurs frères, contre les bêtes féroces qui les dépècent, les dévorent dans cette arène ! Qu’est-ce qui a suscité un tel courage dans ces cœurs qui n’ont pas capitulé malgré tous ces tourments ? Qu’est-ce qui a permis ce triomphe ? Qu’est-ce qui a suscité cette énergie dont rien ni personne n’a pu avoir raison… ? C’est l’amour, l’amour du Christ, l’amour de leur Dieu qui enflamme le cœur de ces hommes et de ces femmes, c’est l’exemple. du Christ pendu à sa croix ! C’est en eux qu’elle triomphe encore…

Au milieu de toutes ces souffrances, de toutes ces tortures, de tous ces martyres, l’amour du Christ a été le plus fort. Et ce qui a suscité un tel amour, encore une fois, c’est sa croix ! c’est le fait qu’il est mort pour nous, pendu à ce gibet.

Au bout de trois siècles de persécutions affreuses, les persécuteurs laisseront tomber leurs bras. Ils seront obligés de s’avoue vaincus. Ils n’ont pas réussi à arracher l’amour, ni la foi du Christ, dans ces âmes de martyrs. De guerre lasse, l’Empereur Galère signera l’édit de Sardique en 311. Edit de tolérance, mais aussi aveu forcé que la persécution n’avait pu avoir raison de la résistance passive des chrétiens, aveu forcé du triomphe de Jésus-Christ, du triomphe de la croix sur le paganisme et sur les idoles.  » Stat crux, dum volvitur orbis !  » La croix reste debout alors que le monde tourne, change, évolue…..C’est l’objet de la fête d’aujourd’hui.

On comprend aisément comment, à l’origine, elle a suscité un grand enthousiasme. La pèlerine Etherie, à la fin du 4ème, nous dit que cette fête était célébrée à Jérusalem à l’égal de celles de Pâques et de l’Epiphanie. Pour les chrétiens, c’était en effet la fin de la persécution sanglante, la fête de la victoire remportée sur le paganisme et les idoles. C’est, en effet, l’anniversaire de l’inauguration et de la consécration de la basilique du Saint Sépulcre que l’Empereur Constantin fit construire sur l’emplacement du Calvaire et du Sépulcre du Seigneur, à l’endroit même où l’on venait de […] sur les directives de Sainte Hélène, mère de l’Empereur, la croix du Christ qui y avait été enterrée.

Le fait que, non seulement on restituait aux chrétiens leurs lieux de culte comme le prescrivait déjà l’édit de Galère, mais le fait que l’Empereur lui-même en faisait ériger de nouveaux (cette basilique du Saint Sépulcre, mais aussi la basilique de Saint Pierre à Rome et celle du Saint Sauveur au Latran) était un signe non équivoque du changement survenu : l’autorité civile, non seulement ne persécutait plus l’Eglise, mais elle l’entourait de sa bienveillance. La croix, jadis instrumentale torture, symbole de honte, était désormais glorifiée, vénérée à cause de Jésus qui y fut suspendu ; elle devenait le symbole de l’héroïsme et du don de soi jusqu’à la mort.

L’Eglise, il est vrai, a gâté sa victoire en se liant peut-être trop à ce pouvoir protecteur et cette alliance l’a conduite, hélas parfois à des compromis. Que cela nous mette en garde pour ne pas tomber aujourd’hui dans la même tentation. L’Eglise ne doit s’inféoder à aucun pouvoir humain, à aucun parti. Elle doit rester au dessus. Jésus l’a dit à Pilate : « L’autorité religieuse l’autorité de Caïphe qui m’a livré à toi, est au dessus de la tienne. » (Jean, ch.19, v. 11) L’Eglise doit garder son indépendance pour pouvoir exercer en toute liberté son rôle qui est de rappeler aux gouvernements et aux Etats, la loi de Dieu qui va dans le droit fil du bonheur des hommes et de leur plein épanouissement.

Ceci dit entre parenthèses, il n’empêche que cette considération de l’église du Saint Sépulcre marquait le triomphe du Christ sur le paganisme, son triomphe par la croix qui avait suscité l’héroïsme des martyrs. Cette croix est donc pour lui signe de son triomphe, instrument de sa gloire.

Mais elle est aussi un signe de gloire pour nous.

Nous sommes honorés, certes, quand un grand personnage s’intéresse à nous personnellement, quand il veut bien nous donner quelque marque d’attention, d’estime ou d’amitié. La croix ! Elle est le signe de l’amitié extraordinaire, la plus formidable que l’on puisse imaginer et ce signe d’amitié, c’est le propre Fils de Dieu en personne qui nous le donne ! Oui, nous valons quelque chose : nous valons le prix du sang du Fils de Dieu ! Soyons fiers de la croix du Christ… ! Soyons fiers d’être aimés à ce point-là par un personnage inégalable : le propre Fils de Dieu !

Assis près de la fenêtre du wagon, je regardais défiler le paysage. La croix ? je la voyais partout : là-haut au sommet de cette montagne, sur les tombes des cimetières, au sommet de tous ces clochers qui émergeaient des villes et des villages blottis à son ombre. Oui, l’instrument du supplice est devenu symbole de protection divine, symbole d’incursion du ciel sur notre pauvre terre, symbole de résurrection !

Cependant il ne faudrait pas que cette multiplicité de l’implantation de la croix nous donne le change et nous fasse croire que nous sommes encore en terre chrétiennes L’Eglise a pu croire, lors de la paix constantinienne, que la lutte pour elle était terminée. Et sans s’en rendre compte, nous venons de le dire, elle a emprunté à la société qui l’entourait certaines habitudes, certaines façons de faire, parfois une certaine mentalité, qui n’étaient pas toujours dans le droit fil de l’Evangile.

Nous courons le même danger aujourd’hui : nous laisser pénétrer par esprit de la société qui nous entoure et qui, peu à peu, perd tout ce qu’il y avait de christianisme dans les mœurs et dans les lois. Nous risquons de ne pas nous rendre compte que le temps approche où les chrétiens s’ils veulent rester authentiques auront à mener de rudes combats et être sur leurs gardes pour ne pas risquer de se laisser gagner par la mentalité environnante qui devient de plus en plus païenne, matérialiste.

La croix du Christ va-t-elle à nouveau triompher de cet assaut d’un paganisme renaissant… ?

Tout dépend, nous l’avons vu, de l’amour qu’elle suscitera en nos cœurs, et celui-ci dépend de notre prise de conscience de toute la folie d’amour qu’elle représente de la part du Seigneur…

Je dirai plus : cet amour du Christ donnant sa vie pour nous, comme le Père Kolbe a donné sa vie pour son camarade, cette folie de l’amour du Christ qui, pour triompher à nouveau de tous les obstacles, doit susciter la nôtre, elle ne nous est pas seulement rappelée par le symbole matériel et inanimé d’une croix, ce témoignage d’amour du Christ, il nous est remis sous les yeux à chaque messe. Au Calvaire, Jésus s’était laissé saigner pour moi ; à la messe, le prêtre, suivant l’exemple et le commandement de Jésus-Christ, dit séparément sur l’hostie : « c’est mon corps » et sur le calice : « c’est mon sang ! ». Et par ce simple geste de la consécration séparée des saintes espèces, Jésus me redit : « Tu vois, je t’aime tant que, pour toi, à nouveau, si je le pouvais, je me laisserais saigner, je ne mettrais ici que mon corps et je séparerais à nouveau mon corps et mon sang ! »

La simple évocation du sacrifice de sa vie qu’a fait le Père Kolbe nous émeut ; j’ai même vu de grande jeunes gens et de grandes jeunes filles pleurer en écoutant le disque qui l’évoque…

Le sacrifice du Christ, non pas seulement évoqué mais renouvelé devant nous, nous laisse indifférents… Le Christ est mort pour moi ; aujourd’hui il vient me dire qu’il serait prêt à recommencer, si c’était possible ! Cela m’est égal ! Que voulez-vous que cela me fasse !… Et qui dit cela ? De soi-disant chrétiens qui ont bien d’autres choses à faire que d’aller à la messe... C’est bien cela que veut dire leur absence ou plutôt qu’un tel blasphème je préfère croire que cela veut dire qu’ils n’ont jamais réfléchi à ce que veut dire une messe, ou qu’ils n’y croient pas !

Serons-nous de ceux-là… ?

Homélie du Père Jean

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