Saint Roch devenir pauvre pour servir les pauvres !

Saint RochQuand on a quinze ans au XIVème siècle, on a l’âge d’homme. Si beaucoup de garçons de son milieu et de son âge rêvent d’être professeurs de Droit, chirurgiens ou chevaliers, lui a choisi d’aider, de réconforter, de consoler ses frères exclus.

D’ailleurs, les événements vont bientôt se charger de précipiter les choix faits dans le secret de son coeur.

Avant de mourir, le père gravement malade confie à son fils : « Roch, mon cher enfant et mon seul héritier ! Je vais quitter cette vie mortelle, dans l’espérance d’avoir part au Royaume des cieux. Mon très doux enfant, voici ce que je te recommande : mets-toi au service du Christ ! Sois bon pour les pauvres, multiplie les aumônes, visite et soigne les malades, ce sont les frères de Jésus ! »

Terrassé par une forte fièvre, Jean rend son âme à Dieu, suivi peu après par Libère.

Âgé de quinze ans, Roch a reçu de ses parents le modèle de l’amour chrétien, le témoignage de leur charité, authentique incarnation de leur foi rayonnante. Ils ont été pour lui la première école de sainteté.

Maintenant c’est le passage à l’acte. Il lui faut entreprendre ce qu’il porte depuis si longtemps dans son coeur : servir ses frères souffrants, les soigner, prier pour eux.

Il ne faut pas omettre de dire que Montpellier possède depuis 1141 des écoles de médecine et de droit, puis en 1289 une université où, plus tard, Rabelais viendra y étudier. Sa faculté de médecine est la plus ancienne et la plus prestigieuse d’Europe. Là, Roch y côtoie les plus célèbres chirurgiens et apothicaires du temps.

Peu à peu, Roch prend ses dispositions en vue du partage de ses biens. En secret, il vend tout ce qu’il peut et en distribue le prix aux jeunes femmes pauvres, aux veuves, aux cloîtres et aux hôpitaux. Il cède ensuite à un frère de son père le reste de ses biens et tous ses droits à la succession paternelle.

L’âme libérée des richesses de ce monde, Roch choisit d’aller louer Dieu à Rome, sur les tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. Après avoir obtenu les autorisations des autorités ecclésiastiques et civiles, arrive le jour de l’envoi du pèlerin, sanctifié par une bénédiction particulière de l’Église.

Le prêtre consacre la besace : « Au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ, reçois cette besace, insigne de ta pérégrination aux tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul, où tu veux te rendre. Et qu’ayant achevé ton voyage, tu nous reviennes en bonne santé et joyeux, par la grâce de Dieu qui vit et règne dans les siècles des siècles ! »

Puis il consacre le bourdon :

« Reçois ce bâton, réconfort contre la fatigue de la marche dans la vie de ton pèlerinage, afin que tu puisses vaincre toutes les embûches de l’Ennemi et parvenir en toute tranquillité aux tombeaux des saints apôtres Pierre et Paul. Et que, le but atteint, tu nous reviennes avec la joie, par la grâce de Dieu ! »

Enfin le prêtre lui remet l’habit traditionnel du pèlerin « romieu » : le chapeau rond à larges bords, droits et relevés, et la cape.

Largement ouverte par devant, avec parfois un capuchon, elle couvre le corps tout entier jusqu’aux pieds. C’est la pèlerine.

Roch a quitté ses habits de jeune nanti. Pour aller à la suite du Christ pauvre, le voici maintenant revêtu de ceux du pèlerin.

Avant de quitter Montpellier, Roch se rend à l’église Notre-Dame des Tables, prier la Vierge Marie. Il se souvient que Libère lui avait souvent raconté que, avec Jean, c’était devant la Mère de Miséricorde qu’ils avaient demandé à Dieu un enfant… À elle encore aujourd’hui, Roch vient confier ses pèlerinages : celui de Rome et celui de toute sa vie !

Comme tous les pèlerins du Moyen Âge, il trouvera sur le parcours des « hospices », « hospitals » « aumôneries » ou « maisons-Dieu », souvent édifiés hors les murs des remparts des villes. Ainsi, même après la fermeture des portes de la ville, les pèlerins y trouvent le gîte, le vivre et le couvert. Il faut rappeler qu’au Moyen Âge, l’accueil du pèlerin est une des cinq œuvres de miséricorde.

Roch, jeune pèlerin de Dieu, secours des malades

Sur son périple qui le conduit à Rome, le jeune Montpelliérain fait étape à Acquapendente, en Toscane, fin juillet

Cette région d’Italie est alors ravagée par une effroyable épidémie de peste qui décime la population. Là, il demande le chemin de l’hôpital.

Il y est reçu par un nommé Vincent. Ému par son jeune âge, ce dernier tente de le dissuader d’entrer dans ce lieu où sévit la contagion. Mais Roch insiste : n’est-ce pas là que sont ses frères en Christ ? La porte s’ouvre enfin…

Dès le lendemain, Roch se fait infirmier et serviteur de tous. Comme les chirurgiens le lui ont appris, il ouvre les abcès à la lancette, essuie et nettoie les plaies. Puis il prie et trace le signe de la croix en invoquant Dieu, Trinité Sainte, pour la guérison du malade : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ! »

Roch sait qu’il n’est que l’humble instrument de la puissance régénératrice du Dieu de bonté qui guérit (1)
.Après l’hospice, il va visiter et soigner les malades de maison en maison. Il reste trois mois dans cette ville, jusqu’à ce qu’elle soit délivrée de l’épidémie. Mais au lieu de repartir directement vers Rome, il se rend à Césène en Romagne. Là, il se fait à nouveau infirmier et consolateur des mourants. Après son passage, beaucoup sont guéris.

Rencontre du Pasteur de l’Église et de Roch

Roch arrive à Rome au début de l’année 1368. Il va trouver le responsable de la Sacrée Pénitencerie qui lui confère le sacrement de pardon, avant de recevoir le Corps du Christ. L’ecclésiastique lui demande sa prière afin d’être préservé de la peste.

Roch l’assure de son intercession, s’avance et, pour le préserver de la contagion, trace le signe de la croix sur son front du prélat contrarié. Marque qui restera indélébile…

Soucieux de se ménager la protection du saint thaumaturge, le clerc lui obtient une audience avec le pape Urbain V.

Urbain V, ancien Abbé de la Congrégation bénédictine de Saint-Victor de Marseille, avait enseigné les disciplines du Droit à Montpellier, Toulouse et Paris. Ordonné évêque le 6 novembre 1362, puis intronisé Pape en Avignon par le Cardinal de Maguelonne, son plus cher désir fut de ramener la papauté à Rome. Il fallait en effet une personnalité exceptionnelle pour présider aux destinées de la chrétienté, en cette époque si sombre de son histoire : guerres dévastatrices, grandes compagnies, famines et épidémies.

Le retour – hélas temporaire ! – de la papauté à Rome était signe d’une volonté de retrouver toute une dimension spirituelle (2).

Lorsque Roch s’avance et s’agenouille devant le Pasteur universel de l’Église, celui-ci plein d’admiration lui dira : « Il me semble que tu viens du paradis ! »

À nouveau, s’entre déchirent les factions romaines. Les princes italiens menacent sans cesse le pouvoir d’Urbain V qui va devoir quitter Rome pour retourner en Avignon.

Roch lui aussi va quitter cette ville où il est resté trois ans. Il sait que les provinces italiennes qu’il va traverser pour regagner son pays natal sont toujours la proie du fléau, mais qu’importe ! Conscient du charisme reçu de Dieu, et dans son ardente charité, il veut secourir ses frères malades.

Une blessure providentielle d’amour

Sur le chemin du retour, Roch passe par Rimini et retourne à Plaisance où sévit la peste. Il se rend à l’hôpital Notre-Dame de Bethléem, où il soigne les malades atteints de cette maladie. Une nuit, alors qu’il dort profondément, il fait un songe : une voix lui annonce qu’il va à son tour souffrir du mal contagieux dont il soulage autrui.

Roch se réveille au matin, le corps en feu. La fièvre brûle sa peau et l’étreint férocement. Le haut de sa cuisse le fait horriblement souffrir. Le jeune pèlerin se réfugie dans la forêt de Sarmato toute proche, et, paisible, attend de rencontrer son Seigneur…

Pour étancher sa soif intense, le Ciel fait alors jaillir une source d’eau vive du rocher où il s’est réfugié. Il s’y désaltère à grands traits, louant la Providence secourable. Après l’eau, elle placera près de lui un animal, fidèle compagnon de l’homme.

Notre ami le chien va être à l’origine d’une belle amitié et d’une conversion de son maître à Jésus-Christ. Le Seigneur ne se sert-il pas de ses créatures et même de sa création pour le bonheur et la sanctification de l’homme ?

Une amitié en Christ :
Roch, Gothard et le chien charitable

Ayant trouvé refuge dans une anfractuosité naturelle du rocher, Roch se désaltère et lave sa plaie avec l’eau fraîche de la mystérieuse source.

Non loin de là, habite Gothard Pallastrelli. Il a quitté sa riche demeure de Plaisance pour se préserver de l’épidémie, et il habite dans sa villa, près de la forêt de Sarmato. Depuis quelques jours, il a remarqué qu’un de ses chiens – un jeune épagneul noir et blanc, avec la queue en trompette – saisit dans sa gueule du pain à sa table et l’emporte au dehors. Mais où court-il ainsi ? Intrigué par son manège, Gothard suit le chien et découvre Roch…

À la vue de ce jeune homme en si grand dénuement, le coeur de Gothard est ému. Il s’approche de l’inconnu et lui demande qui il est et de quoi il souffre.

« Je suis un pestiféré, répond Roch, c’est pourquoi je te demande de partir, car tu risques d’être contaminé, toi aussi… »

Gothard retourne dans sa villa, en méditant sur ce qu’il a vu. Au fait, son chien n’est-il pas plus charitable que lui ? Il a honte de sa lâcheté et décide de revenir auprès du jeune malade.

Surpris, Roch voit dans ce retour la volonté de Dieu. Il accepte à ses côtés le riche seigneur qui se fait alors serviteur du pauvre pèlerin. Craignant la contagion et ne voulant pas épouvanter les siens, Gothard décide de ne pas retourner chez lui.

Mais voici que le chien n’apporte plus de nourriture aux deux amis. Le seigneur est inquiet : « Comment allons-nous faire pour trouver à manger ? », interroge-t-il.

– « Prends ton manteau, et va quêter dans les environs », répond Roch.

Humiliation sans nom pour ce haut personnage, notoirement connu ! Cependant, encouragé par Roch, il part quêter pour l’amour de Dieu…

Devant chaque porte, il tend la main. Mais la besace reste vide, alors que pleuvent à profusion refus, injures et mauvais traitements. Paradoxalement; il accueille toutes ces épreuves avec un bonheur qu’il n’avait encore jamais connu dans les plaisirs de ce monde.

Enfin, après une longue course, il rapporte au malade tout juste deux petits pains. Mais Roch se réjouit de savoir que son bienfaiteur a souffert pour l’amour de Jésus-Christ.

Dès lors, ils partagent le quotidien. Roch explique au jeune seigneur la Sainte Écriture et lui enseigne la toute-puissance et la miséricorde de Dieu. Comme le Précurseur Jean le Baptiste, il évoque la pénitence, et comme le Christ, il rappelle le pardon de Dieu. Du fond du coeur, il désire que son ami rencontre le Christ et sa Bonne Nouvelle. Aussi prie-t-il dans le silence et la solitude de la forêt de Sarmato.

Voyant son ami vivre ce qu’il enseigne, Gothard désire lui aussi connaître la vie toute simple, toute sobre de pèlerin du Christ.

Un jour, tandis que Gothard revient de la ville et regagne la cabane, il entend une voix appeller : « Roch ! » La voix mystérieuse annonce au jeune malade qu’il est guéri et qu’il doit reprendre le chemin de sa patrie.

C’est ainsi que Gothard découvre enfin le nom de celui qui avait désiré rester un pèlerin anonyme, un serviteur inutile.

Arrive alors l’heure de la séparation dans une douleur réciproque. Mais dans les yeux et le coeur de Roch rayonne la joie d’avoir été témoin de la conversion de son bienfaiteur à la foi en l’unique Bon Pasteur.

Miraculeusement guéri, Roch reprend sa marche en direction de l’Hérault.

Mais ce sera en fait un chemin de croix vers le Ciel : de la souffrance vers la Vie, de la mort à la Résurrection !

Prisonnier des hommes, libre pour Dieu

Traversant la Lombardie en direction de la province d’Angera, aux environs de Voghera, Roch est arrêté par des soldats qui le prennent pour un espion à la solde du Pape.
Conduit devant le gouverneur pour être interrogé, il déclare être un humble serviteur de Jésus-Christ, et demande à ce titre qu’on le laisse passer son chemin. Cette réponse jugée équivoque, il est jeté dans un cachot. Cette épreuve est un purgatoire où il va souffrir avec patience, dans l’abandon et la prière, les cinq dernières années de sa vie.

Aussi saint Roch est-il le secours des prisonniers, des condamnés, des oubliés de ce monde. Car jamais le jeune Montpelliérain n’a décliné sa véritable identité qui aurait pourtant pu le sauver, le gouverneur étant son oncle maternel.

Fidèle qu’il fut à rester jusqu’à la fin le pèlerin inconnu, humble et pauvre.

Pressentant que le Ciel l’appelle à quitter la terre, pour le grand pèlerinage vers son Seigneur, Roch fait demander un prêtre au gardien de la prison, pour recevoir le sacrement du pardon.

L’Ange de Dieu qui le réconforte en ses derniers moments lui dit : « Roch, humble et loyal serviteur de Jésus, je suis envoyé à toi de la part de Dieu le Père tout-puissant, afin que tu lui présentes ton âme. Mais avant, fais-lui une requête, car de lui tu obtiendras ce que tu demanderas. »

L’Ami de Dieu demande alors que tous ceux qui, au nom de Jésus et Marie, feront appel à son intercession, soient affranchis et délivrés de toutes maladies contagieuses.

Vers 1379, le lendemain de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie, Roch entre avec joie dans sa pâque éternelle.

La veille, grâce à la croix rouge qui marque sa poitrine, son oncle – le gouverneur – et sa vieille grand-mère maternelle reconnaissent enfin l’illustre personnage dans l’anonyme prisonnier.

D’après les « Acta Breviora » (auteur anonyme latin), un Ange inscrivit son nom en lettres d’or sur une tablette, auprès de son corps transfiguré. Y était aussi contenu comment Dieu avait accordé grâce à sa demande. À savoir : que tous ceux qui honoreraient avec foi et humilité le glorieux Saint seraient protégés des épidémies de maladies contagieuses.

source

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3 réflexions sur “Saint Roch devenir pauvre pour servir les pauvres !

  1. marie 1 août 2017 / 16 h 35 min

    Bonjour quel beau billet très instructif. merci Bonne soirée MTH

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  2. moinillon 5 août 2017 / 21 h 07 min

    Merci Jean-Pierre pour ce récit si édifiant. La sainteté est toujours édifiante!

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