Quel est donc le secret de ces hommes ?

DachauL’histoire est celle d’un petit village de montagne, en Bavière. Tout le monde connaît son nom. Il a fait le tour du monde, hélas. Un de ces villages anciens que l’on rencontre en Europe. Avant 1940, il était le rendez-vous des peintres qui aiment la nature. Et puis, à deux kilomètre du village a commencé l’enfer, le temps de la déchéance et de la détresse totales. Mais un enfer où, comme dans l’apocalypse, des justes ont brillé, semblables à des étoiles ; un enfer où des hommes ont témoigné d’une force plus puissante que l’horreur et où l’amour a été plus fort que la déchéance.

C’était Dachau, le camp de la mort.

Un de ceux qui y a vécu, avant de devenir plus tard ministre de la justice, Edmond Michelet, raconte comment chaque matin la messe était célébrée en secret, comment le Corps et le Sang du Christ étaient offerts dans la baraque où l’on avait emprisonné les prêtres. Des laïcs y venaient clandestinement, au risque de leur vie. « Nous étions là plusieurs centaines, serrés les uns contre les autres comme les grains d’une même grappe, écrit Michelet. L’officiant célébrait dans ses haillons de bagnard. Un dérisoire gobelet comme calice, une boîte de pastilles comme ciboire… » Et il ajoute : » J’allais parfois porter le viatique au sinistre Revier ( c’était la baraque des mourants). Ce dont je me souviendrai jusqu’à mon dernier jour, c’est le sourire resplendissant, le visage rayonnant, d’une joie qui n’était déjà plus la nôtre, des agonisants auxquels j’allais glisser entre les lèvres l’hostie consacrée. »

Et Michelet raconte l’histoire un peu folle qui est arrivée à Dachau.

A la fin de 1944, la baraque des prêtres est témoin d’une cérémonie incroyable. Un séminariste allemand, déjà diacre, se consume de tuberculose. Quelques prêtres de ses amis conçoivent ce rêve fou : organiser son ordination sacerdotale avant qu’il ne meure. Il y a là l’évêque de Clermont-Ferrand, déporté lui aussi.

service-religieux
Service religieux dans la chapelle de Dachau peu après la libération du camp

Et ce qui est fou s’organise. On taille une crosse d’évêque dans un morceau de bois ; on découpe une étoffe violette : l’archevêque de Munich fait passer clandestinement l’huile consacrée. Et la nuit du 18 décembre 1944, le dimanche de « Gaudete », en cachette des SS, c’est la messe pontificale dans la baraque. Mgr Piquet a mis ses habits d’évêque sue sa tenue de déporté et il ordonne prêtre Karl Leisner. Pendant la cérémonie, un déporté juif joue du violon pour qu’on ne s’aperçoive de rien. L’abbé célèbre en secret sa première messe, qui est aussi sa dernière. Quelques jours après, il meurt. Sur son journal, juste avant de mourir, il avait écrit : »Amour, expiation. »

Le dimanche de la joie, un évêque français ordonne un séminariste allemand dans le camp de la mort pendant qu’un juif joue du violon… Quel symbole !

Bernard Bro (Jésus Christ ou rien)

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