Faut-il vraiment croire à l’enfer ?

L'enferOsons aborder la vérité la plus étonnante, la plus effrayante qui se trouve dans notre foi chrétienne, à savoir l’existence d’un enfer où des hommes et des anges souffrent éternellement parce qu’ils n’ont pas voulu reconnaître devant Dieu leur condition de créatures.

C’est un mystère énorme, c’est évident. On n’a d’ailleurs pas attendu le XXIème siècle pour le contester. Pour plusieurs raisons : Comment Dieu peut-Il rester infiniment heureux en voyant un seul de ses enfants souffrir éternellement ? N’est-il pas profondément injuste de condamner quelqu’un à une peine éternelle, alors qu’il n’a péché que pendant un nombre limité d’années ?

Comment un Dieu infiniment juste et bon peut-il infliger un châtiment privé de toute valeur médicinale ?

C’est pourquoi il ne manque pas de chrétiens qui, pour nier l’existence de l’enfer, se font le raisonnement suivant : certes, le Christ nous a parlé de l’enfer comme une réalité épouvantable dont nous pourrions souffrir si, par orgueil, nous préférions la subir plutôt que de demander pardon à notre Père du ciel. Mais en fait personne ne s’y trouve, car Dieu nous aime trop pour permettre qu’un seul de ses enfants puisse souffrir éternellement ! Ainsi pensaient déjà dans les premiers siècles de l’Eglise un certain nombre de théologiens. La Sainte Ecriture, disaient-ils, atteste bien que le Christ a prévenu les pécheurs qu’ils iraient en enfer s’ils ne se convertissaient pas, mais rien ne prouve qu’Il mette sa menace à exécution.

Voyons d’abord ce que nous dit l’Ecriture.

L’Ancien Testament appelle « shéol » le lieu où vont indistinctement bons et méchants après leur mort. Les premiers livres de la Bible ne parlent pas d’un lieu réservé dans l’au-delà pour les justes et d’un autre pour les méchants. C’est le Nouveau Testament qui distingue nettement le lieu des réprouvés, appelé de divers noms : l’Hadès [un lieu ténébreux où on ne voit rien], la géhenne, la fournaise de feu, l’étang de feu et de souffre, le feu éternel, Le mot « feu » revient souvent dans les menaces de Jésus : il parle aussi des ténèbres extérieurs ou d’un lieu de tourments. A mesure que la foi chrétienne pénètre le monde gréco-romain, le mot infernum au singulier est le seul mot utilisé pour désigner le lieu des damnés, tandis que le pluriel, inferna, inferi, « les enfers », désigne le séjour de tous les morts sans distinction, que le Christ a rencontrés lorsqu’Il y est « descendu » après sa mort et avant de ressusciter. Dès les débuts de l’Evangile nous voyons le précurseur annoncer le Roi Messianique sous les traits d’un justicier qui, de sa cognée, coupera et jettera au feu – un feu qui ne s’éteint pas -, tout arbre qui ne produit pas de bons fruits : il est donc urgent de se repentir, affirme Jean-Baptiste. Et quand le Christ commence son ministère, Il appelle lui-aussi les pécheurs à se convertir en proclamant que tous les hommes seront jugés sur leurs œuvres mais aussi sur leurs intentions, car Dieu voit dans le secret. Or, le fond des cœurs peut être habité par des passions qui le rendent injuste aux yeux de Dieu (Mc 7, 32).

Souvent, nous entendons Jésus annoncer le jugement dernier et prévenir ses disciples du châtiment terrible qui attend ceux qui ne seront pas dignes d’entrer dans le Royaume des Cieux. Il placera les brebis à sa droite et les boucs à sa gauche, et ceux-ci iront à une peine éternelle ; Il recueillera le blé dans son grenier ; quant à la paille, Il la consumera dans un feu qui ne s’éteint pas. L’ivraie sera livrée au feu et les poissons qui ne valent rien seront rejetés. Les vierges folles qui se présenteront sans huile dans leur lampe ne pourront pas participer au repas de noces du Royaume des Cieux, pas plus celui qui n’aura pas revêtu la robe nuptiale ou qui n’aura pas fait fructifier son talent. C’est pourquoi, nous dit Jésus, « Ne craignez rien de ceux qui tuent le corps mais ne sauraient tuer l’âme, craignez plutôt Celui qui peut perdre dans la géhenne à la fois l’âme et le corps » (Mt 10, 28) ou encore « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il se perd lui-même ou s’il est condamné ? » (Lc 9, 25). L’Eglise a donc toujours pensé que le Christ serait un affreux maître-chanteur, s’Il nous prévenait d’un danger qui n’existe pas. Dire que l’enfer dont Jésus nous a tant parlé n’existe pas, c’est faire de Lui un menteur.

C’est pourquoi l’Eglise a toujours enseigné l‘existence de l’enfer et son éternité.

Elle s’est notamment opposée à ceux qui pensaient qu’à la fin des temps Dieu rétablirait dans son amitié toutes les créatures douées de raison, damnés et démons : c’est l’hypothèse de l’ « apocatastase », envisagée par Origène et soutenue par un certain nombre de ses disciples. On connaît aussi l’interprétation que donnent les Témoins de Jéhovah de la « mort éternelle » des damnés : Dieu les anéantirait purement et simplement. Non ! Dieu ne peut pas anéantir l’âme d’un homme ou l’être d’un ange ! L’enseignement de l’Eglise n’a pas changé, comme en témoigne le Catéchisme de l’Eglise catholique qui rappelle notamment la prière que récite le prêtre avant la consécration dans la Prière eucharistique n°1 : « Assure toi-même la paix de notre vie, arrache-nous à la damnation et reçois nous parmi tes élus. » Il est d’ailleurs arrivé plus d’une fois que des saints aient reçu le « privilège » – si l’on peut dire – d’entrevoir les souffrances horribles que connaissent les damnés : Thérèse d’Avila, les petits voyants de Fatima, sœur Faustine.

Rappelons néanmoins les contresens importants à ne pas commettre quand on parle de l’enfer.

N’allons surtout pas penser que la damnation soit une vengeance de Dieu. Dieu ne se réjouit pas de voir ses enfants en enfer, Il ne les a pas envoyés en ce lieu de supplices pour se venger des blasphèmes qu’ils ont commis durant leur vie sur terre. En fait, ce sont les damnés qui se condamnent eux-mêmes. Dieu nous jugera, c’est vrai. Mais Il le fera en laissant notre conscience nous juger nous-mêmes, car nous verrons alors avec une parfaite lucidité si nous sommes capables, oui ou non, d’aller au paradis, d’y aller tout de suite, plus tard ou jamais ! « C’est d’après ta conscience que tu seras jugé », avertit saint Cyrille de Jérusalem. Ce n’est donc pas Dieu qui expulse les damnés hors du paradis. Ce sont eux qui, par orgueil, ne veulent pas y entrer. Dans le combat ultime qu’ils vivent au moment de leur mort, ils refusent de se jeter dans les bras que le Seigneur leur tend pour qu’ils s’y engouffrent avec la cargaison de leurs péchés. C’est pourquoi il vaut mieux dire qu’il n’y a pas de portes à l’entrée du paradis. Ou, s’il y en a, elles sont toutes grandes ouvertes ! Rappelons aussi que nous serions un peu moins étonnés du mystère de l’enfer si, à l’exemple des saints, nous regardions davantage notre crucifix. C’est en regardant le Christ en croix que les saints ont entrevu que le péché des hommes était quelque chose de beaucoup plus affreux que l’idée que nous nous en faisons habituellement. Une simple réflexion sur le désordre de nos péchés ne suffit pas à nous faire comprendre leur malice profonde: ils nous apparaissent comme des bêtises de gosses facilement excusables et que Dieu a grand plaisir à pardonner, comme le suggère la parabole de l’enfant prodigue. Lorsque nous regardons le Crucifix, il faut nous rendre à l’évidence : Faut-il que nos péchés soient quelque chose de grave pour que leur réparation ait obligé en quelque sorte le Fils de Dieu à subir un tel traitement ! S’Il a accepté de subir toutes les tortures de sa flagellation, de son couronnement d’épines, de son chemin de croix et de sa mise en croix, ce n’était pas seulement pour nous montrer l’énormité de nos péchés ; c’était pour nous empêcher de tomber dans un malheur éternel qui en était la conséquence logique. Il nous a vraiment sauvés du pire !

Mais alors, comment ne pas être traumatisés en sachant que nous pourrions rater éternellement notre vie – notre vie réelle, celle qui dure éternellement ?

Eh bien, en comprenant que la peur de l’enfer ne nous empêche pas, bien au contraire, de garder et de cultiver une immense confiance en la Miséricorde de Dieu. On peut exprimer cette vérité sous la forme d’une équation toute simple : c = f(d). Notre confiance en Dieu est fonction de notre défiance du diable, elle est proportionnelle à notre peur de l’enfer. En effet, celui qui ne croit pas que sa vie est en danger n’a pas besoin d’avoir confiance en Dieu, puisqu’il a confiance en lui-même. Il se dit à lui-même : « Ma vie n’est peut-être pas formidable, mais je suis vraiment de bonne volonté ! Le passé est garant de l’avenir ! L’arbre tombe toujours du côté où il penche ! J‘opterai sans problème pour Dieu quand l’heure sera venue de paraître devant Lui ! « Seigneur, aie confiance en moi ! » lui dit-il. Celui au contraire qui se sait en danger de rater éternellement sa vie à cause de l’enfer, à cause de la profondeur de son orgueil, celui-là se sent acculé à mettre en Dieu toute sa confiance : « Seigneur, je ne mets pas ma confiance dans toutes les bonnes œuvres que j’ai accomplies jusqu’ici, car je sais combien elles ont pu être gâtées par mon orgueil ; pour aller au ciel, je n’ai confiance qu’en Toi ! Cœur Sacré de Jésus, aie pitié de moi, pécheur ! » Telle a été la méthode qu’ont employée tous les saints : loin d’être traumatisés par la perspective de l’enfer, ils se sont toujours réjouis d’avoir absolument besoin du Seigneur pour ne pas tomber dans le désespoir au moment du grand passage et ils redisent chaque jour à la Vierge Marie ; « Prie pour nous, pauvres pécheurs, maintenant et à l‘heure de notre mort ! »

Père Pierre DESCOUVEMONT

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3 réflexions sur “Faut-il vraiment croire à l’enfer ?

  1. moinillon 26 août 2016 / 15 h 06 min

    Excellent article et combien nécessaire dans notre société qui « a peur d’avoir peur». Mon humble opinion est que tout découle du fait que nous sommes créés LIBRES … et c’est à nous de bien utiliser cette liberté. Oui, Dieu n’envoie personne en Enfer; c’est nous qui, devant l’énormité de nos fautes et fermés à toute espérance, demanderons d’y aller!

    Aimé par 1 personne

  2. marie 2 février 2017 / 9 h 23 min

    Ce que je pense de l’enfer ferait de moi une hérétique et je serais brûlée si j’avais vécu dans les temps anciens. l’enfer pour moi, c’est sur terre… je m’explique: il faudrait croire à la réincarnation, ce qui de mon point de vue peut se défendre, car quand je vois autour de moi tous les malheurs s’abattre sur une seule personne qui ne fait rien de mal, je me pose la question ? pourquoi? . Ceci bien sûr est mon point de vue et n’engage que moi bien sûr Bonne journée MTH

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