J’ai désiré d’un grand désir manger cette pâque avec vous avant de souffrir !

En ce soir de Jeudi Saint, le Cœur de Jésus est partagé entre deux souhaits, deux désirs, apparemment contradictoires, inconciliables, mais qui lui sont inspirés l’un et l’autre par son fol amour pour nous : verser son sang, donner sa vie pour ceux qu’Il aime, puisqu’il n’y a pas, Lui-même l’a dit, de marque de plus grand amour… (St Jean, ch.15, v.13). Mais aussi rester avec eux car l’amour ne peut supporter la séparation !… Rester même avec tous « les siens », tous ses disciples, tous ceux qui à travers l’espace et le temps voudront être comptés au nombre de ses amis !

Jésus et ses apotres

C’est ce double souci d’amour qui a fait trouver à son génie divin cette invention inouïe de la Sainte Eucharistie : « Ceci est mon corps, dit-il sur le pain. Ceci est mon sang, dit-il sur le vin. », et, comme le disait saint Cyrille de Jérusalem aux catéchumènes « Le Christ ayant déclaré et dit du pain : ceci est mon corps, qui osera désormais douter ? Le Christ ayant déclaré et dit du vin ceci est mon sang, qui osera jamais dire que ce n’est pas son sang ? »

Maintenant il peut donner aux hommes le témoignage suprême de son amour en versant tout son sang, maintenant il peut partir … car, d’une autre manière sans doute mais tout aussi réelle, Il reste cependant avec nous jusqu’à la fin des siècles …

Maintenant il peut partir… Il sera quand même toujours là.

Comme nos postes de télévision qui permettent de multiplier d’une certaine manière une présence, grâce à ces humbles apparences du pain et du vin, Jésus, de façon beaucoup plus totale et réellement, va multiplier la sienne à travers l’espace et le temps. Quand j’aurai le cœur en joie, comme lorsque j’aurai le cœur gros, je pourrai entrer dans sa maison, la maison qu’Il a dans toutes nos cités, tout près de la nôtre, je pourrai entrer dans l’église où brille la petite lampe qui témoigne de sa présence eucharistique, je pourrai y entrer et lui faire partager mes joies, mes soucis et mes peines, exactement comme le faisaient les Apôtres aux jours de sa vie terrestre, car ainsi se réalise déjà ce que Jean dira de la Jérusalem céleste : « Dieu aura sa demeure parmi les hommes, ils seront son peuple et Dieu sera le Dieu avec eux, Il sera leur Dieu et Il essuiera toute larme de leurs yeux… »

La présence d’un Dieu si accessible au milieu de nous transformera nos vies.

« Voici que je fais toutes choses nouvelles » dit le Seigneur dans ce même texte (Apocalypse, ch.21, v.3-5). Non seulement nous pourrons désormais aisément faire partager nos joies et nos peines au Christ présent parmi nous, non seulement nous serons juxtaposés, parce que sa maison sera près des nôtres, mais nous pourrons, si nous le voulons, nous souder à Lui par la Sainte Communion pour qu’Il poursuive en nous et par nous sa vie sur cette terre : « Celui qui me mangera vivra par Moi » a-t-il dit (St Jean, ch.6, v.57). Quelle union ineffable ! Quelle collaboration !

En même temps, ce sacrifice de sa vie qu’Il a fait une fois pour toutes pour les siècles des siècles, cet événement unique impensable, d’un Dieu mourant pour le salut du monde, cet événement hors mesures, grâce à cette invention divine de la Sainte Eucharistie, il nous sera remis quotidiennement sous les yeux à la Sainte Messe pour que jamais, jamais, le sacrifice inouï ne s’efface de la mémoire des hommes, de la mémoire de ses amis, et pour que ceux-ci puissent y unir chaque jour leurs propres sacrifices, leurs propres actes d’amour, qui, de ce fait, prendront, eux aussi, une toute autre dimension !

Oui ! je le répète : de même que la science humaine a su par ses inventions rendre présents dans le monde entier les événements qui se passent quotidiennement ici ou là, de même la science divine mise au service d’un amour infini a su rendre présent en tous temps et en tous lieux grâce à l’Eucharistie, grâce au saint sacrifice de la Messe, cet événement incommensurable qui nous crie l’amour de notre Dieu…

Oui ! l’Apôtre St Jean avait raison de nous dire tout à l’heure en introduisant le récit de la dernière Cène : « Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Jésus les aima jusqu’à la fin ! » (St Jean, ch.13,v.1). Ce « jusqu’à la fin » ne veut pas dire seulement jusqu’à la fin de sa vie, mais aussi, d’après les exégètes, jusqu’au paroxysme de l’amour !

Tout en effet dans cette divine invention de l’Eucharistie nous crie cet amour de notre Christ, de notre Dieu :

Plus on aime, plus on donne, plus on se donne. Riche comme Il l’est, Jésus cependant ne pouvait nous donner plus, puisqu’Il se donne Lui-même !

Plus on aime, plus on est prêt à se sacrifier pour l’être aimé… et par cette invention divine de la Sainte Messe, Jésus se sacrifie pour les siècles des siècles… Son sacrifice est pour ainsi dire prolongé tant que durera notre terre… et qu’il se trouvera quelque part un prêtre pour le renouveler…

Dans cette Eucharistie, Jésus sacrifie sa gloire extérieure : les apparences qu’Il prend sont encore plus humbles que celles qu’Il avait prises à Bethléem quand il était le petit gitan couché sur de la paille, plus humbles même que celles qu’Il avait sur la Croix, comme le chantait saint Thomas d’Aquin : « Là, sur la croix, sa divinité seule était cachée ; ici, dans l’Eucharistie, son humanité elle aussi est voilée… »

Dans cette Eucharistie, il s’expose à toutes les profanations, à tous les sacrilèges… Peu lui importe pourvu qu’Il trouve une âme sincère, un cœur ami qui veuille s’unir à lui … N’est-ce pas le rêve de tout amour que de rester unis ?… Et quelle union plus profonde ici-bas que celle que la Sainte Communion établit entre Lui et nous !

Enfin il n’est pas jusqu’au moment choisi par Jésus pour nous faire ce don ineffable qui ne nous dise son amour. Ce moment, l’Eglise le caractérise en deux phrases : « Pridie quam pateretur… » : la veille de sa Passion et « In qua nocte tradebatur… » : la nuit même où il fut livré ! Les dons faits au moment de la mort revêtent à nos yeux un caractère sacré qui nous leur font attacher une valeur spéciale… Jésus choisit les derniers instants où Il est avec ses amis, juste avant de les quitter, pour leur faire ce cadeau inappréciable ! Et cela, au moment même où Il est trahi, trahi et vendu par l’un des siens, car déjà Judas a conclu avec les princes des prêtres son infâme marché… Et tandis que les hommes complotent sa mort, Lui, Il ne pense qu’à se donner ! Ainsi, c’est au moment où l’ingratitude des hommes atteint son paroxysme que sa tendresse pour eux atteint aussi le sien… « Ayant aimé les siens, Il les aima jusqu’au bout. » Il ne pouvait aller plus loin dans les inventions de son amour… L’Eucharistie épuise sa Sagesse, sa Puissance, sa Tendresse divine.

Chers frères, fidèles de nos messes, renouvelons en ce Jeudi Saint notre dévotion à l’Eucharistie. Prenons davantage conscience de ce qu’est le Saint Sacrifice de la Messe, de ce qu’est la Sainte Communion. Remettons en honneur la visite au Saint Sacrement. N’hésitons pas à aller dire un petit bonjour au Seigneur quand nous passons devant une église, devant sa maison…

Tout à l’heure, quand nous prolongerons notre action de grâce par quelques instants d’adoration au reposoir, que du fond de notre cœur monte un immense merci au Christ pour ce don qu’Il nous a fait. Puisse-t-il nous faire comprendre qu’à la folie divine de son amour pour nous, doit répondre quelque peu de folie humaine dans notre amour pour Lui !

Père Jean

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