Pousse au large et lance tes filets…

UNE VIE BIEN PEPERE…ENFERMEE DANS SON PETIT GHETTO…

Croyez-vous, mes frères, que ce puisse être cela la vie d’un chrétien ?

Et pourtant, ne serait-ce pas là le rêve de plus d’un d’entre nous ? Il ne faut pas nous en étonner outre mesure puisque cette tentation a pu atteindre des gens aussi saints que notre saint patron, le grand Saint Grégoire, premier pape de ce nom, qui avait été moine bénédictin et qui, porté au suprême pontificat, se plaignait en ces termes : « Voici que maintenant je suis ballotté par les flots de la haute mer et harcelé, comme par une tempête, par les soucis de la vie pastorale, et, quand je me rappelle ma vie passée comme si je regardais derrière moi, je ne puis m’empêcher de soupirer en apercevant le rivage qui s’éloigne… Je suis même tellement ballotté par les flots que je puis à peine apercevoir le port que j’ai quitté ! »

Ces regrets, le saint pape n’y céda pas. Voici même ce qu’il écrivait au chapitre 5 de son Pastoral à l’adresse de ceux qui étaient tentés de se réfugier dans la contemplation pure : « Il y en a pas mal qui, riches de dons, répugnent cependant à pourvoir à l’utilité du prochain par la prédication parce qu’ils brûlent du désir de s’adonner à la seule contemplation. Ils aiment la paix de la solitude, ils recherchent l’éloignement du monde pour s’adonner à la méditation. Si on les juge en stricte justice sur ce point, il faut dire que, sans aucun doute, ils sont d’autant plus coupables qu’ils auraient pu rendre de plus grands services en venant en public. En vertu de quel esprit, en effet, celui qui aurait pu briller dans le service du prochain préfèrerait-il sa solitude à l’utilité des autres, quand le propre Fils Unique du Souverain Père, pour être utile à la multitude, est sorti du sein du Père pour venir en public, au milieu de nous ; ut veniret in publicum nostrum ? »

Pousse au large et lance tes filets...

Oui, chers frères, qu’aujourd’hui tous ceux d’entre nous qui pourraient être tentés de se recroqueviller ainsi sur eux-mêmes et de rester paisiblement au port, à l’abri des tempêtes, tous ceux qui seraient tentés de se renfermer dans leur petit groupe, dans le cercle étroit de leurs « petits copains », de leurs amis et connaissances, entendent l’ordre de Jésus à Pierre : « Pousse au large ! » : c’est la consigne que Jésus nous donne à tous aujourd’hui dans cet évangile.

Tout d’abord, elle s’adresse à notre communauté chrétienne et à tous nos groupements.

Nous avons une tendance instinctive, par exemple au sortir des messes, à nous retrouver entre nous, entre connaissances, et les nouveaux venus se sentent seuls, très seuls au milieu de tous ces gens qui se connaissent… Combien parmi nous pensent à aller vers eux ? Pourtant ils sont vite repérés ! Que de fois j’ai entendu ce reproche dans la bouche de paroissiens venus de l’extérieur et qui finalement ont réussi à s’intégrer dans la communauté : « Pour être admis, accueilli dans votre communauté, il faut vraiment le vouloir ! » J’avoue qu’à chaque fois, cela m’a donné un coup au cœur ! Il me semblait entendre cette terrible parole de saint Jean dans son évangile : « Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu ! » (St Jean, ch.1, v.11). Jean parlait du Christ, mais voici que l’on pourrait dire la même chose d’un, de dix, de vingt… de ses disciples ! Quand ils arrivent ici, dans notre communauté, c’est bien chez eux, chez les leurs, chez leurs frères qu’ils sont censés arriver… et les leurs, leurs frères, ne les accueillent pas… « Poussez au large ! » Elargissez le cercle, comme on le fait dans une vraie famille lorsqu’arrive un nouvel enfant … Allez au devant de ce frère. Avec discrétion certes ! mais avec grande sympathie. Intéressez-vous à lui : qui est-il, d’où vient-il, que fait-il ? Mettez-le au courant des us et coutumes de notre communauté… Que tout de suite il se sente à l’aise ! Il a peut-être dû s’arracher, par suite des avatars de la vie et du travail, à bien des relations amicales du lieu d’où il vient. Oh ! de grâce ! qu’il ne se sente pas seul en arrivant chez nous, mais que tout de suite il se sente entouré et aimé… Oui, oui, élargissez le cercle !

 

« Pousse au large ! »… et Jésus commandait de quitter le port pour affronter la haute mer et peur reprendre la pêche manquée…

« Pousse au large ! » nous redit le Seigneur, ne crains pas de te lancer dans le monde, d’affronter le monde : tu as des richesses, des dons à porter à tes frères… Dans ton quartier, dans ton milieu de travail, ne reste pas dans ton trou… tes frères ont besoin de toi… ouvre les yeux et tu verras !

Le large, le monde, cela nous effraie peut-être ! Le vent qui y souffle en rafale, en tempête parfois, ne va-t-il pas nous faire dévier ?… ne risquons-nous pas de nous faire emporter par les vagues ? …

Et moi, je vous redis la parole de Jésus aux Apôtres quand la tempête déferlait sur le lac de Génésareth : « Hommes de peu de foi, pourquoi êtes-vous si timides, si craintifs ? » N’est-ce pas parce que vous oubliez que Jésus est « embarqué » avec vous?… S’il est avec vous, si avant de vous lancer vous vous êtes fortement accrochés à lui par quelques instants de silence et de prière, que craindriez-vous ? Il est là, avec vous, celui qui commande aux vents et à la tempête ! Allez… »au large »… et ne soyez pas des chrétiens clandestins : « Jetez vos filets pour la pêche » : c’est le commandement du Maître !

Oh ! j’entends votre riposte, la même que celle de saint Pierre : « Nous l’avons déjà jeté, Seigneur, mais en vain ; ils sont si matérialistes, ces camarades de classe, de lycée, de travail… de loisirs, de quartier !… ils n’ont pas du tout la même mentalité que nous, ils sont imperméables à la foi et se rient de notre conception de l’amour ! Nous avons déjà essayé, un peu timidement peut-être… mais rien à faire, c’est la nuit ! aucune étoile ne semble luire dans leur ciel ! »

Attention ! n’est-ce pas à vous de l’allumer, cette étoile, cette petite étoile ?… Et si jusqu’ici vos efforts ont été vains, ne serait-ce pas parce que le Christ n’était pas suffisamment de la partie de pêche ?… Peut-être n’avez-vous pas assez pensé à le mettre « dans le coup », peut-être ne l’avez-vous pas assez prié, assez consulté pour recevoir ses consignes, peut-être ne lui avez-vous pas assez parlé de vos camarades ?… Si vous l’aviez fait, peut-être alors auriez-vous entendu ses conseils : « Jette à droite ou jette à gauche ! », occupe-toi davantage de celui-ci ou de celui-là … prends-y toi de telle ou telle façon…

En tout cas aujourd’hui le Seigneur vous dit à tous et à chacun : « Pousse au large et lance tes filets… », crois-moi, avec moi, tu seras pêcheur d’hommes. Alors, vous hésiteriez ?… Pierre, lui, a tout lâché pour ça !… Est-ce que ça ne vaut pas le coup ?

Pousse au large !

Cette consigne du Seigneur, elle nous invite aussi à élargir notre horizon, à agrandir nos ambitions.

Au fait, quelles sont vos ambitions ? quels sont vos rêves ? Rêvez-vous seulement ? Oui, même vous, les jeunes ?

J’ai déjà eu l’occasion de m’attaquer aux « parvenus », à ceux dont les ambitions sont si modestes, si réduites, qu’elles sont vite réalisées, au point qu’ils sont satisfaits d’eux-mêmes et font du « sur place ».

Si nous avons tendance parfois à nous attribuer des dons et des talents que nous n’avons pas, il est certain cependant que nous en avons de réels : Dieu ne nous a pas oubliés lors de la distribution !… Que faisons-nous de ces dons, de ces talents ? Avons-nous le souci de les faire valoir, de les développer ? Ou bien, comme le serviteur timoré dont parle l’Evangile, les gardons-nous « serrés dans un mouchoir » ? Rappelez-vous la fureur du maître à son retour (cf. St Matthieu, ch.25, v.24-30 – St Luc, ch.19, v.20-27) : il a dépouillé ce serviteur du talent qu’il lui avait confié !

Ainsi s’atrophient nos dons et nos talents si nous ne les cultivons pas, si nous ne les développons pas, si nous ne les employons pas.

Quelles sont donc vos ambitions intellectuelles ? « Pousse au large ! », désire donc accroître tes connaissances, ne crois pas tout connaître !… Et si cela est important dans le domaine naturel, combien ce doit l’être encore plus dans le domaine spirituel, dans le domaine de la foi ! Avons-nous soif de connaître davantage notre religion, de connaître davantage notre Christ ? Ou bien notre amour pour Lui est-il si languissant que nous ne cherchons nullement à le mieux connaître pour l’aimer davantage ? « Pousse au large ! »…

Et que dire de nos ambitions spirituelles ? Ainsi, présentement, avons-nous un objectif précis à nos efforts ? A la dernière mise au point de notre dernière confession, nous sommes-nous fixés un objectif pour nous améliorer, pour nous rapprocher davantage de notre divin modèle ? Avons-nous même seulement cette ambition ?… Ou sommes-nous des gens satisfaits d’eux-mêmes ?… De grâce, poussez, poussez au large !…

Que le Seigneur qui nous donne cette consigne pour sortir de nous-mêmes, pour nous dépasser, pour sortir de notre ghetto, pour nous lancer avec Lui dans une passionnante partie de pêche, suscite en nos cœurs à tous le désir passionné et efficace d’y répondre…

Envoyons donc promener tout ce qui est petit, mesquin, ratatiné… Ayons l’ambition de vivre « à bloc », de faire rendre à notre vie tout ce qu’elle peut rendre. Que cette vie soit remplie à ras bord…

Donnons-nous enfin hardiment et sans compter…

A chaque fois que le Christ embarque avec nous, à chacune de nos communions, écoutons la voix de ce divin nautonier : « Pousse, pousse au large ! »

Père Jean de Féligonde

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