A l’exemple de la Vierge Marie, préparons-nous aux visites du Seigneur

TOC .. TOC… TOC

Sainte ViergeQu’est-ce que c’est ? Une visite !… Qui est-ce ? C’est Marie ! « Bonjour Elisabeth ! — Bonjour cousine Marie !… Mais, qu’est ce qui me prend ? Qu’est ce qui se passe ? d’où me vient cet honneur que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi !… » En fait, ce n’était pas seulement la visite de la cousine, c’était la visite du Seigneur lui-même. « D’où me vient ce bonheur ? L’enfant lui-même que je porte en moi tressaille de joie ! » Et écoutez-moi cette voix : Marie se met à chanter, d’une voix si belle, si pure, que l’écho en retentit aujourd’hui encore dans toutes nos églises : « Magnificat » !

Nous voici à la veille de Noël et chaque année en ce dernier dimanche de l’Avent, l’Eglise nous fait lire un des Evangiles de la Vierge Marie. C’est normal ! l’Avent, nous l’avons dit, au point de vue liturgique c’est le vrai mois de Marie et il convient que la Très Sainte Mère vienne mettre la dernière main à notre préparation, à cette nouvelle venue du Christ qui doit marquer chacun de nos Noëls.

Cette visite de la Vierge Marie c’était une visite du Seigneur : « D’où vient ce bonheur que la Mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ! » s’écrie Elisabeth.

Cet Avent a créé en nous, je pense, ce désir de voir le Seigneur revenir dans notre monde. Il n’y reviendra que par nous les chrétiens. C’est nous qui devons l’apporter comme Marie l’a apporté à Elisabeth.

Mais nous ne l’apporterons que dans la mesure où comme la Sainte Vierge, nous l’aurons déjà en nous. A vrai dire, pour que nos visites au prochain soient des visites de Dieu pour que nos contacts avec le prochain le mettent en contact avec le Seigneur, il faut que déjà nous-mêmes ayons été visités par Dieu et ayant accepté la visite qu’Il habite en nous.

Il est frappant de voir comment dans la Bible toutes les interventions de Dieu dans la vie et l’histoire de son Peuple nous sont présentées comme des « visites » du Seigneur.

Les citations seraient innombrables. Retenons seulement qu’à la naissance de Jean-Baptiste, son père Zacharie, chantant les miséricordes du Seigneur s’écrie : « Béni soit le Dieu d’Israël parce qu’il a visité et racheté son peuple… » et il chante cet « amour du cœur de notre Dieu qui nous a envoyé le Christ, soleil levant pour nous visiter… »

Et Jésus à la veille de son départ pleurera sur la ville sainte menacée par de terribles châtiments « parce qu’elle n’a pas su reconnaître le temps de sa visite, le temps où Dieu lui même l’a miséricordieusement visitée… »

Assurément nous aussi, le Seigneur nous visite fréquemment par sa grâce et particulièrement à l’occasion des grandes fêtes liturgiques notamment celle de Noël qui doit marquer tout un renouveau dans notre vie chrétienne, comme le demandent toutes les prières des trois messes de ce jour.

A l’occasion de ces grandes fêtes, le Seigneur nous visite surtout par notre communion.

Comment et pourquoi ces visites du Seigneur nous marquent-elles si peu au point que, contrairement à ce qui s’est passé pour la Sainte Vierge, ceux qui approchent n’ont guère l’impression d’approcher le Seigneur ?… Notre présence, notre contact ne sont guère révélateurs de Dieu comme ils devraient l’être, notamment après une communion fervente.

La sainte communion ne produit en nous ses effets que dans la mesure où nous y apportons les dispositions requises. Si Dieu, en effet, qui agit parfois à notre insu, a voulu que certaines de ses grâces nous soient manifestées par des signes sensibles que nous appelons les sacrements, c’est parce qu’il veut que nous prenions conscience de ces grâces-là afin d’y collaborer, ne serait-ce qu’en apportant à la réception de ces sacrement les disposions requises pour leur efficacité.

Comparons si vous le voulez bien notre attitude avec celle de la Vierge Marie et nous comprendrons peut-être mieux pourquoi ces visites du Seigneur par la sainte communion, à l’occasion des grandes fêtes sont trop souvent chez nous bien stériles, bien peu fructueuses en tout cas !

La première disposition qu’il y avait dans le cœur de la Vierge Marie et qui selon son expression a attiré sur elle le regard bienveillant de Dieu c’est son humilité : « Il s’est penché sur son humble servante, a regardé la petitesse de sa servante !… » Elle est troublée par les éloges de l’Ange qui la salue et, quand sa cousine la félicite et l’exalte : « Tu es bénie entre les femmes et tu es la mère de mon Seigneur ! », elle se déclare à nouveau son humble servante et rapporte immédiatement à Dieu dans son Magnificat « toutes les merveilles » qui se sont accomplies en elle.

Et nous ?… Que de fois je vous ai dit combien j’étais navré de voir avec quelle désinvolture désormais on approche de la sainte communion ! Autrefois on n’aurait jamais osé communier sans s’être confessé dans les quelques jours, au plus les quelques semaines qui précédaient… C’était peut être un peu exagéré : la confession n’est nécessaire avant la communion que lorsqu’on a commis une faute grave qui nous a « brouillés » avec Dieu… Mais aujourd’hui par suite sans doute d’une diminution du sens de la Grandeur de Dieu alors que les découvertes scientifiques de l’immensité de l’Univers devraient nous permettre de mieux « réaliser » cette Grandeur infinie du Créateur, aujourd’hui on a tendance à minimiser toutes nos défaillances, toutes nos fautes… Avec Dieu, on peut tout se permettre et on ne craint pas d’aller comme l’embrasser dans la sainte communion alors qu’on l’a envoyé promener ! C’est ainsi que tel qui a manqué la messe, le rendez-vous du Seigneur depuis fort longtemps n’hésitera pas à s’approcher de la sainte communion « les mains dans les poches » si je puis ainsi dire, sans aucun complexe, sans s’être confessé !… Et cet autre qui a mené une vie fort peu édifiante envoyant promener l’idéal chrétien de l’amour, de la justice ou de la charité, n’hésitera pas davantage à la première messe venue d’aller communier sans avoir même pensé non plus à se confesser.

Mais au fait pourquoi communions-nous ? Est-ce seulement par routine ? pour faire comme tout le monde ? Pour ne pas nous faire remarquer comme maintenant, ce qui en soi est bien certes. La communion fait partie intégrante de la messe alors si on va à la messe, on communie… sans autre forme de procès !

Et quand nous sommes en état de grâce, quand même nous avons les bonnes grâces et l’amitié du Seigneur nous approchons-nous de Lui parce que nous avons conscience que nous avons besoin de Lui, besoin de son secours ? Nous sommes si facilement satisfaits de nous, nous nous contentons de si peu au point de vue vie chrétienne, esprit chrétien… Alors comment nous étonner si nos communions ne sont pas pour nous un tremplin qui nous relance qui nous regonfle… La Vierge Marie le proclame dans son Magnificat : il renvoie les riches, les repus, « les parvenus » les mains vides tandis qu’Il comble de biens les « affamés », ceux qui ont faim et soif d’une perfection plus grande, ceux qui veulent devenir plus authentiquement chrétiens…

La seconde disposition de la Très Sainte Vierge

qui a permis à Dieu de réaliser en elle et par elle de grandes choses c’est sa foi, sa confiance illimitée en Dieu ! Elle croit à la parole de l’Ange elle ne se doute pas que Dieu puisse faire l’impossible et l’Ange le lui confirme. Rien n’est impossible à Dieu et Elisabeth la félicite : « Heureuse es-tu toi qui as cru tout ce qui t’a été dit de la part de Dieu, car tout cela se réalisera !… »

La foi ? Communions-nous avec foi une foi réelle profonde à ce que le Christ a dit : « C’est mon corps ! C’est mon sang ! » Croyons-nous vraiment que le Christ réalise ce prodige qui lui aussi parait impossible, ce prodige de sa présence réelle sous les si humbles apparences ! Prenons-nous suffisamment conscience de la grandeur de Celui que nous recevons, de Celui qui nous visite ? C’est sans doute parce que nous n’en n’avons pas assez conscience et parce que notre foi n’est pas assez vive que nous nous approchons de l’Eucharistie de façon si désinvolte ! Comme il était impressionnant autrefois dans nos camps scouts ce chant répété trois fois et avec quelle ferveur avant de communier : « Mon Dieu je ne suis pas digne de vous recevoir mais j’espère en votre bonté, j’espère votre pardon, votre grâce ; mais mon Dieu je ne suis pas digne » aujourd’hui nous ne le chantons plus nous le disons à peine une seule fois et du bout des lèvres !

La foi pour la Vierge Marie ce n’était pas seulement la conviction que Dieu réaliserait ce qu’il lui faisait dire par l’Ange et qui pouvait paraître si déroutant à savoir qu’elle concevrait le Messie, le Fils de Dieu lui-même tout en gardant sa virginité. La foi de la Sainte Vierge c’était aussi la confiance au plan que Dieu avait sur elle à ce plan que l’Ange dévoile en partie tout au moins à ses yeux : « Heureuse es-tu toi qui as cru ; par toi le Seigneur le réalisera ce plan, ce plan de salut ! » A ce plan en effet, elle souscrit pleinement : « Je suis la servante du Seigneur, que ce que tu me dis se réalise !… »

C’est là la troisième disposition de la Vierge Marie :

elle se met au service du Seigneur, elle veut en être l’instrument. Elle veut lui obéir, faire sa volonté. Et l’Epître de tout à l’heure nous montre comment il y avait harmonie parfaite entre les sentiments de ce Fils qu’elle venait de concevoir et ses propres sentiments. En entrant dans le monde, Jésus, d’après l’auteur de l’Epître aux Hébreux, dit : « Tu n’as pas voulu des sacrifices et des holocaustes voici que je viens pour montrer un peu aux hommes ce que c’est que de faire ta volonté. » Le but des holocaustes et des sacrifices c’était de nous rappeler que c’était le Maître et ce de façon saisissante pour notre sensibilité en lui offrant les prémices de nos biens les prémices de ses bienfaits pour qu’ensuite pénétrés de cette conviction l’ayant sans cesse devant les yeux nous obéissions à Dieu dans toute notre vie. C’est là au fond toute la religion je l’ai dit souvent : obéissance joyeuse à la volonté de notre Père persuadés que ce qu’il veut c’est toujours en final notre plein épanouissement. Ce but, cette signification du sacrifice l’homme l’avait complètement oubliée… Il ne voyait plus dans le sacrifice qu’une sorte de marché avec Dieu : « Je t’offre ceci pour que tu me donnes cela ! » Et Dieu avait été dégoûté par cet esprit mercantile… C’est alors que Jésus dit à son Père : « Tu ne veux plus des sacrifices. Eh bien, je vais aller montrer un peu aux hommes ce que c’est que de t’obéir ! » Nous savons que ce souci de faire la volonté de son Père a été le leitmotiv de toute la vie de Jésus Christ. Saint Jean le souligne très souvent dans son Evangile.

Le Seigneur a sur chacun de nous également un plan, des projets ambitieux. N’est-il pas notre Père ? Il veut aussi faire en nous et par nous « de grandes choses ». Saurons-nous lui faire confiance et agir conformément à sa volonté ?

Voilà bien le but de nos communions. De même qu’il y avait harmonie parfaite entre ce désir de la Vierge Marie d’être « la servante » des desseins du Seigneur, toute disponible pour réaliser le plan qu’Il avait sur elle, et cet unique souci de son Divin Fils de faire la volonté de son Père, de même, si nous recevons l’Eucharistie c’est pour que le Christ Jésus nous fasse communier à cet unique souci qui a animé toute sa vie : faire la volonté du Père, réaliser pleinement nous aussi le plan qu’Il a sur nous.

Alors, si nous sommes ainsi dans la main de Dieu, nous pourrons, nous aussi être les instruments de sa grâce en allant vers le prochain.

Possédé ainsi par le Seigneur, nous irons vers les autres avec empressement, comme Vierge Marie surmontant tous les obstacles. « Elle partit en toute hâte à travers la montagne… » dit l’Evangile. Il suffit qu’elle ait appris que sa cousine pouvait peut-être bien avoir besoin d’elle puisqu’elle attendait un bébé… elle se précipite pour lui apporter cette aide. Cet empressement à rendre service au prochain est un signe non équivoque de la présence de Dieu qui nous transforme en serviteurs de nos frères à l’exemple de la Très Sainte Vierge. Nous avons pu en faire l’expérience les jours où nous sommes davantage sous l’emprise de Dieu, après une bonne communion ou une prière fervente ou un moment de recueillement plus intense : tout notre comportement envers le prochain s’en trouve transformé. Non seulement nous sommes plus empressés à l’aider, à le défendre mais aussi plus délicats, plus prévenants à son endroit, comme la Sainte Vierge qui, la première, salue sa cousine. Et, comme elle aussi, nous apportons à ceux que nous rencontrons, à ceux que nous côtoyons, ce rayonnement de paix et de joie qui émane nécessairement de tous ceux qui sont théophores ou christophores, « porteurs de Dieu » ou « porteurs du Christ » ! C’est parce qu’Elisabeth a senti que son enfant tressaillait de joie en elle, qu’elle a deviné que Marie était « porteuse de Dieu » : « D’où me vient cet honneur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ? A peine, en effet ai-je entendu ta salutation que l’enfant que je porte a tressailli en mon sein ! » Des semeurs de joie de sérénité, parce que « porteurs de Dieu », parce que « habités par Dieu », telle devrait bien être notre ambition !

Je me résume :

A l’exemple de la Vierge Marie, préparons-nous aux visites du Seigneur, notamment à ses visites eucharistiques, à nos communions, tout d’abord par notre humilité, nous reconnaissant indignes d’un tel honneur, n’hésitant pas à avouer et confesser nos fautes. Saint Jean-Baptiste demandait cet aveu à ceux qui venaient le trouver pour les préparer ainsi à la venue du Messie. Même si, ce que j’espère bien, nous n’avons pas de péchés graves à nous reprocher, pourquoi ne pas reprendre cette habitude de la confession pour mieux nous préparer à la visite du Seigneur l’occasion des grandes fêtes et spécialement de cette fête de Noël ?

Quand nous avons communié, sachons rester quelques instants dans un profond intérieur plongés dans l’adoration muette et la confusion devant cet Dieu nous fait. « D’où me vient cet honneur que la Mère de mon Seigneur vienne à moi ?… » disait Elisabeth. C’est ce Grand Dieu, ce Seigneur qui vient à nous !

Ensuite, que notre prière consiste surtout à demander au Christ de nous faire communier pleinement à son unique souci de faire la volonté du Père : qu’elle devienne pour nous aussi le leitmotiv de notre vie…

Enfin laissons exploser notre gratitude, notre action de grâce comme la Vierge Marie le fait en son Magnificat.

Et à partir de là, allons vers le prochain en restant sous cette divine emprise à l’exemple de Marie, nous lui apporterons non seulement une aide empressée, mais aussi la paix, la joie et même l’enthousiasme ! Vous pensez ce que cela pourra produire sur un monde blasé, triste, inquiet, s’il est obligé de confesser que ce sont là les fruits de la présence de ce Dieu qui lui manque !

père Jean de Féligonde

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